Meurtre d'Isabelle Rectem à Chapelle-lez-Herlaimont : Salvatore Marasco prétend qu'il n'a aucun souvenir du crime

La présidente a constaté que l'accusé avait davantage de souvenirs lors de la reconstitution organisée par le juge d'instruction.

Meurtre d'Isabelle Rectem à Chapelle-lez-Herlaimont : Salvatore Marasco prétend qu'il n'a aucun souvenir du crime
©BELGA

La présidente de la cour d'assises du Hainaut, Martine Baes, a procédé jeudi à l'interrogatoire de Salvatore "Rino" Marasco, accusé d'avoir assassiné son ex-compagne, Isabelle Rectem, lors d'une fête des voisins à Chapelle-lez-Herlaimont, le 7 juillet 2019. L'accusé doit aussi répondre de blessures infligées à un conseiller communal, Alain Jacobeus, avec son pistolet semi-automatique calibre 65, qu'il détenait sans autorisation. Né en Italie, Salvatore Marasco est arrivé en Belgique, à l'âge de 17 ans. "Je m'y suis plu et j'y suis resté pour travailler", dit-il. C'était en juillet 1972.

Il a commencé à travailler en août 1972 dans le bâtiment, et est entré ensuite chez Caterpillar, où il est resté durant 41 ans. Il est pensionné depuis 2015. Parallèlement, Salvatore Marasco a tenu des cafés avec son fils. Son dernier troquet était le Postillon, à Chapelle-lez-Herlaimont.

Deux ans après son arrivée en Belgique, Rino rencontre sa première épouse, elle aussi d'origine italienne, avec laquelle il a trois enfants. Dès 1997, les disputes sont devenues plus fréquentes au sein du couple. Il entame une relation avec Isabelle Rectem en 2001, qui est restée secrète jusqu'au divorce de l'accusé deux ans plus tard. Leur relation devient officielle dès 2003. Chacun a son domicile, mais Rino est souvent chez Isabelle, à Chapelle-lez-Herlaimont.

Sur le plan financier, Rino prétend "avoir fait des choix malheureux" en confiant son argent à Isabelle, alors qu'il était fier d'avoir géré ses finances avant leur rencontre. En plaçant son argent sur le compte d'Isabelle, en qui il avait confiance, Rino voulait échapper à ses créanciers. Il dit avoir transféré plus de 50.000 euros. Isabelle lui a remboursé un peu plus de 27.000 euros.

Il décrit Isabelle Rectem comme une personne "agressive" et "influençable". Il ajoute que le comportement de sa compagne à son égard a changé en 2018, juste avant les élections, lorsqu'elle a repris contact avec sa tante, malade. Isabelle était aussi candidate au scrutin communal, sur la liste socialiste, ce qui ne plaisait pas à son compagnon, ancien tenancier d'une Maison du peuple.

Le couple commence à battre de l'aile et entame une période de séparation. Isabelle dépose plusieurs plaintes contre Rino, dont une datant du 31 juillet 2018, pour des menaces avec un couteau chez sa tante. "Les policiers n'ont pas trouvé d'arme, je n'en avais pas", affirme-t-il. Le 18 août 2018, Isabelle dépose une nouvelle plainte, déclarant que Rino a mis un contrat sur sa fille et sa petite-fille. "Je n'ai jamais dit ça. Je ne l'ai jamais frappée non plus, car je l'aimais", se justifie-t-il devant la cour.

Le couple se rabiboche lors de l'été mais la nouvelle idylle est éphémère. Le 3 mai 2019, le couple se sépare et Isabelle dépose des plaintes pour coups et harcèlement. Rino soupçonne Isabelle d'entretenir une relation avec un échevin de Chapelle-lez-Herlaimont, Luigi Chianta. "Le 10 mai, j'ai retrouvé Luigi dans sa voiture, avec le pantalon baissé. J'ai donné deux claques à Isabelle", raconte l'accusé. Il envoie des messages à Isabelle, laquelle refuse de le revoir et menace de déposer une nouvelle plainte. Plus tard, ils se croisent devant un magasin. Isabelle dépose une plainte pour coups et un médecin constate qu'elle souffre d'une commotion cérébrale. Rino conteste l'avoir frappée.

Plusieurs témoins ont déclaré aux enquêteurs que Rino se trouvait systématiquement dans des endroits fréquentés par Isabelle. "Il y avait beaucoup de festivités, la braderie, la fête de la Saucisse, et j'y allais boire un verre", s'est-il borné à expliquer à la présidente de la cour d'assises. Lors d'une festivité à Piéton, Rino aurait manifesté sa volonté de tuer Isabelle, devant témoins. Il aurait aussi fait des gestes d'égorgement, quand il croisait Isabelle. Ce qu'il conteste.

Un autre témoin a déclaré que Rino a acheté "ce qu'il fallait" afin de mettre à exécution son funeste projet criminel. Il nie, tout comme le fait d'avoir montré une munition à la fille d'Isabelle, précisant que le projectile était destiné à sa mère.

Le 7 juillet 2019, une fête des voisins est organisée dans la commune. Isabelle s'y rend et croise Rino. Elle est très mal à l'aise, car il ne la quitte pas des yeux. "Pourquoi n'êtes-vous pas resté au café du Postillon, où un barbecue était organisé ?", demande la présidente. "C'était un barbecue organisé par mon fils, pour ses copains. J'y passais pour voir si tout allait bien", répond l'accusé.

Selon l'accusation, Rino provoque Isabelle. L'accusé prétend l'inverse. "Elle tirait la langue et faisait des doigts d'honneur." Il renverse un verre d'eau sur Isabelle, et parle d'un accident. "J'étais toujours amoureux d'elle, je l'aimais. Je suis allé vers elle, qui était assise à table, et je lui ai dit de me suivre pour parler."

Quelques secondes plus tard, Rino sort une arme de sa ceinture et tire à deux reprises. Le deuxième tir est fatal. "Je ne me souviens plus de rien, c'est le trou noir (?) Je ne voulais pas la tuer, je ne suis pas allé là-bas pour la tuer (?) Je ne sais plus comment les coups sont partis, ni ce que je visais."

La présidente constate que l'accusé avait davantage de souvenirs lors de la reconstitution organisée par le juge d'instruction. Ce dernier viendra témoigner dans la journée.

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