"Nous créons un nouveau monde à Pincemaille"

Les gestionnaires du domaine du bois de Pincemaille veulent changer le regard sur l'habitat léger et le domaine, qui traîne une mauvaise réputation.

Ugo Petropoulos
"Nous créons un nouveau monde à Pincemaille"
©U.P.

"La première fois que j'ai visité le domaine, je ne m'imaginais pas habiter ici", confie Alexia Bucelli-Campus, alors qu'elle nous promène dans le domaine de Pincemaille. Aujourd'hui, la jeune femme y habite une roulotte et est devenue coordinatrice du projet d'écovillage porté par l'asbl qui a repris la gestion du domaine de 55 ha.

Elle s'attelle à réhabiliter cette zone de loisirs, devenue dans les faits un camping résidentiel, en un écovillage dédié à l'habitat léger, où il serait possible d'habiter en yourte, tiny house… avec une perspective de développement durable. Un projet utopique, dont le fondement est pragmatique. "Certains vivent à Pincemaille depuis 35 ans, et si tu as un cœur, tu ne peux pas les mettre dehors du jour au lendemain, il faut trouver une solution", explique Yannis Magoufakis, gestionnaire de l'asbl Écovillage de Pincemaille.

“Après le Covid, la question était : pourquoi, au lieu de dépenser de l’argent pour mettre les gens dehors, ne construirions-nous pas une solution pour que les gens, qui n’ont pas les moyens de s’acheter une maison ou de louer un appartement, et de les rassembler avec des gens qui cherchent à se loger différemment ?”

"Nous créons un nouveau monde à Pincemaille"
©U.P.

300 tonnes de déchets évacués

Le travail a débuté par l’évacuation de 300 tonnes de déchets. Des contacts ont été établis avec les résidents, invités à se remettre en ordre de paiement. Des procédures ont été entamées pour expulser les occupants problématiques. Depuis sa reprise en mains, l’intégralité des revenus locatifs est injectée dans le domaine. En parallèle, Alexia et Yannis s’attellent à créer des liens : cafés, fêtes des voisins… Une communauté se crée et le temps des montagnes de déchets semble révolu, même si parfois un dépôt sauvage rappelle que tout n’est pas devenu rose du jour au lendemain à Pincemaille.

Des “indésirables” squattent ou ont squatté récemment, comme en témoignent des monceaux d’ordures sur une parcelle récemment évacuée. Parfois, les choses tournent mal, comme en atteste l’attelle que porte Yannis à sa main gauche.

“Briseuse de rêve”

Autre obstacle : les relations avec la commune d'Estinnes, "qui s'est déclarée en briseuse de rêve", grince Alexia. "On aurait aimé une petite ouverture d'esprit, car on va plus vite et plus loin dans la collaboration que dans la confrontation." Mais s'il faut partir en guerre, qu'il en soit ainsi : "le challenge est intrigant et intéressant. Cela nous donne encore plus envie de se battre. Nous créons un nouveau monde."

Un projet qui a ses alliés, de résidents actuels, qui participent bénévolement à l’entretien du domaine, au député Jean-Luc Crucke, venu porter ses encouragements le mois dernier. Une dizaine de porteurs de projets visiteront le site samedi prochain, afin d’éventuellement prendre part à l’utopie collective, qui comprendrait 200 logements légers, des potagers collectifs, un centre de formation, une école du dehors, une forêt riche en biodiversité…

Le chemin sera parsemé d'embûches. Mais "on pense que ça fonctionnera, et que dans dix ans, ce sera merveilleux." Une victoire a déjà été acquise : rendre de la dignité aux résidents de Pincemaille.

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