Les ateliers Kersten fêtent leur 120e anniversaire en beauté

Fanny, arrière-arrière-petite-fille des fondateurs, s’apprête à vivre un Carnaval historique.

Thomas Donfut
Fanny Kersten, une des héritières de 120 ans d'histoire.
Fanny Kersten, une des héritières de 120 ans d'histoire. ©D.R.

Sans louageur, il n’y aurait pas de Carnaval. Le louageur, c’est le commerçant qui fabrique et loue les costumes de gille. Un métier qui a bien failli disparaître à cause de la pandémie qui a poussé ces commerces typiques de la région du Centre jusque dans ses derniers retranchements. À Binche, terre carnavalesque par excellence, ils sont au nombre de trois à l’exercer et tous sont issus de la même famille, celle d’Émile Kersten et son épouse Victorine qui, en 1903, a lancé son propre atelier de confection de costumes de gilles un peu par hasard.

Tailleur de profession et gille, Émile se disputait chaque année avec sa louageuse”, explique Louis Kersten. “La couleur de son chapeau n’avait jamais la teinte demandée. “En 1902, pas satisfait et après l’avoir menacée de fabriquer son propre costume, il décidait de mettre ses menaces à exécution l’année suivante. Ainsi, en 1903, Émile Kersten et sa femme Victorine Delval commencèrent à louer des costumes de Gilles tout en poursuivant leur activité de tailleur. Je dois dire qu’il existait une véritable solidarité dans le milieu des tailleurs à l’époque. Ses amis l’ont aidé pour débuter dans la profession de louageur.

120 ans plus tard ses descendants Carl Kersten, Yves Seghers et Louis Kersten, associé à sa fille Fanny, sont les derniers louageurs binchois et ont chacun leur propre atelier. “Pour ma part… J’étais âgé de quatorze ans lorsque j’ai su, avec une certitude déconcertante, que je souhaitais devenir louageur”, continue Louis. “J’étais envoûté, complètement sous l’emprise luminescente de la coiffe aux plumes colorées qui se trouvait face à moi. Mon affection toute particulière pour les chapeaux vient peut-être de là. Il me reste le souvenir d’un moment fortuit presque magique, celui de mon premier montage. On n’oublie pas ses premières fois, surtout lorsqu’elles vous guident pour le reste de votre vie.

À un mois du Mardi Gras, l’effervescence bat son plein au sein des ateliers de Fanny Kersten. “Cela fait déjà plus d’un mois que nous n’avons plus de stock concernant les plumes d’autruche, élément bien entendu essentiel du chapeau de gille”, explique la louageuse. “Non pas qu’on ait fabriqué moins de chapeaux mais les gilles sont venus bien plus tôt de d’habitude pour les louer. C’est bien simple, pour Binche, il n’y a plus de possibilité de louer un chapeau blanc. Il reste bien quelques chapeaux colorés mais à Binche, la tendance a toujours été vers le blanc immaculé. Certains gilles insatisfaits ont ainsi déjà réservé leur chapeau pour… l’année prochaine !”

Une effervescence qui n’est pas près de s’arrêter d’ici le 21 mars prochain !

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