"C'est une opportunité qui ne s'est jamais présentée à Morlanwelz, et qui ne se présentera certainement plus jamais." Christian Moureau, bourgmestre de Morlanwelz mesure bien l'ampleur de l'avant-projet de réaménagement du site Sainte-Henriette qui lui a été soumis par Socoarc, son propriétaire et exploitant.

Cet avant-projet envisage la création d'un nouveau quartier résidentiel comprenant 400 nouveaux logements et de multiples autres fonctions dont le développement d'une zone paysagère de loisir, d'un parking de délestage pour le site du Plateau Warocqué, de nouvelles voiries et d'un champ de panneaux photovoltaïques. Tout cela sur une superficie équivalente à celle du centre historique de Morlanwelz.

Ce projet "grandiose par l'apport de moyens" pour reprendre les mots du bourgmestre, verrait le jour sur le site de l'ancien charbonnage Sainte-Henriette et de son terril, qui s'étend sur 52 ha entre le Plateau Warocqué et la chaussée Brunehault. La société Socoarc, qui a acquis le terril au début des années 1970, a exploité jusqu'à aujourd'hui les résidus issus de l'exploitation minière: charbon, schlamms, sable de schiste…Le permis d'exploitation arrivera à terme en 2028, d'où ce projet de reconversion qui est perçu comme une aubaine par le bourgmestre.

"Morlanwelz ne peut pas bénéficier de l'apport de grands hommes, on doit tirer notre plan. Je vois des communes qui obtiennent des tas de projets subsidiés alors que nous, nous ne sommes jamais sollicités. Ici, pour une fois, on pourrait amener un renouvellement, un développement. La totalité du projet me semble tenir la route et mérite d'être entendu et présenté à plus de monde."

"Projet délirant"

Mais une chose est sûre, ce projet trouvera rapidement ses opposants. Maxime, qui a grandi avec Sainte-Henriette, sonne déjà le tocsin. "Qu'est-ce que c'est que ce projet délirant?" s'alarme-t-il, dénonçant un projet d'urbanisation qui se ferait sur une zone partiellement forestière. "Supprimer 45 ha de forêt pour bétonner et artificialiser cette surface, c'est aberrant, s'insurge-t-il. Ce site est devenu un endroit remarquable malgré son exploitation."

Le terril de Morlanwelz est effectivement considéré comme un site de grand intérêt biologique par l'observatoire wallon de la biodiversité. Et d'avertir: "si ce truc prend de l'envergure, je monterai un comité et mettrai tout en œuvre pour empêcher ce projet, qui serait une véritable catastrophe" pour la biodiversité, la mobilité, la gestion des inondations…

"Toutes les questions ont été posées et on a répondu à nos inquiétudes. On a émis un avis favorable en pesant le pour et le contre. Les inquiétudes au niveau de la mobilité en font partie, tout comme le fait que c'est un poumon vert, mais aussi noir", indique pour sa part Christian Moureau, qui n'entend pas balayer le projet d'un revers de la main.

"Notre démarche est saine. On nous a d'abord présenté le projet à quelques échevins et fonctionnaires pour analyser sa faisabilité. Il a ensuite été présenté au collège où il a été décidé d'aller plus loin, en le présentant au conseil communal, qui aura certainement de nombreuses questions. On ne brûle pas les étapes, on y va petit à petit, en étant dans un processus d'écoute et d'analyse."

Le projet aurait dû être proposé lundi dernier au conseil communal, mais le Covid a retardé les choses. Le grand oral de Frank Valentin, dirigeant de Socoarc, et du bureau d'études qui a planché sur le dossier, se fera attendre encore au moins un mois.