C’est donc maintenant officiel : le projet Strada, lancé il y a près de 13 ans, est abandonné par la ville de La Louvière. Ce mardi soir en effet, le conseil communal a voté la caducité du marché qui liait cette dernière au promoteur Wilhelm&Co. La majorité PS-Ecolo s’en est défendue, arguant que les projets présentés ces dernières années par le soumissionnaire ne répondaient plus en rien avec les accords conclus à l’époque et qu’il était temps de tourner la page et d’avancer.

La ville ne s’en sortira évidemment pas aussi facilement et les responsabilités dans cet échec devront désormais être établies… Avec de possibles conséquentes indemnités à la clé. Qu’à cela ne tienne, le bourgmestre, Jacques Gobert (PS), a d’ores et déjà annoncé sa volonté de développer sur le site Boch un nouveau projet, développé en concertation avec les Louviérois, afin que ce dernier colle à leurs attentes et réalités socio-économiques.

Dans les rangs de l’opposition, l’échec doit désormais être digéré. Chose qui ne sera pas aisée pour Plus&CDH. "Le moment est grave : apprendre et constater la mort du projet-phare de la ville après 13 années de discussion, ça s’apparente à une douche froide", commente Xavier Papier. "Les responsabilités devront être établies mais ce qui est certain, c’est que les Louviérois ont déjà perdu. On peut espérer qu’ils ne tombent pas de leur chaise en apprenant qu’un nouveau projet sera lancé et qu’enfin, on leur demandera leur avis."

Pour l’Humaniste, la majorité doit prendre ses responsabilités. "Toujours se présenter en victime, c’est prendre le risque de toujours reproduire ses erreurs. Partout ailleurs, avec 12 ans de retard, 26 millions de recettes perdues par la Ville, 41 millions de menace en justice, les responsables auraient démissionné. Mais ici, non, on noie le poisson. On vend une nouvelle promesse de rêve et on croit adoucir la réaction des louviérois en leur promettant de demander enfin leur avis. Il a fallu un échec qu’ils devront payer pour en arriver au bon sens de les interroger. C’est un peu indécent."

Le discours est moins tranchant du côté du PTB. "On nous a promis monts et merveilles, on n’a rien vu venir mais nous ne pensons pas pour autant que ce soir négatif, le PTB ayant toujours été opposé à ce vaste centre commercial", a lancé Antoine Hermant, qui estime que les responsabilités de cet échec ne peuvent pas retomber sur les épaules des citoyens. De même, du côté d’Ecolo, on estime que cet échec est un moment "aussi exaltant que triste."

Enfin, du côté du MR et des indépendants, on juge qu’il faut rester prudent quant à la suite qui sera apportée au dossier tout en pensant effectivement à l’avenir. Un avenir qui, disons-le, peut offrir le meilleur comme le pire aux Louviérois. Désireux d’analyser "en toute sérénité la décision du conseil de ce mardi soir", le groupe Wilco n’a pas souhaité faire de commentaire à ce stade.

"Nous sommes bien armés!"

41 millions d’euros, c’est le montant des indemnités réclamées par le promoteur Wilhelm&Co à la ville de La Louvière. Un montant pharaonique que le bourgmestre a relativisé, ce mardi soir. "Les revendications du promoteur ont été gonflées à l’hélium, ils valorisent des éléments farfelus", a-t-il précisé. "Nous avons de solides arguments à avancer si Wilco décidait d’aller en justice, ce qui est probable. Nous sommes bien armés pour le faire, nous avons objectiver les choses et nous sommes largement au-dessus des 20 millions."

Quid de la différence de 20 millions entre les deux estimations ? Aucune réponse n’a été apportée par la ville, qui estime avoir fait son possible dans ce dossier. "De nombreuses initiatives ont été prises et des contre-propositions formulées, nous n’avons jamais baissé les bras, jamais refusé le dialogue. Pendant des années, nous avons continué à travailler à l’aménagement du site Boch. Nous assumons donc nos responsabilités et ne repartons pas d’une page blanche !"