Jean-Charles Van Lierde a été interrogé, lundi peu avant midi, par le président de la cour d'assises du Hainaut. Depuis près de 10 ans, le citoyen de Waterloo conteste être impliqué dans l'assassinat de Jimmy De Paepe et d'Oriana Iannuzzi et dans l'incendie qui a tué leur fils Mattéo, alors âgé de 18 mois. Les faits se sont déroulés le 1er août 2011 au numéro 32 de la rue de Chèvremont, à Arquennes. Fils d'une famille bourgeoise du Brabant wallon, Jean-Charles Van Lierde avait créé une société de menuiserie avec un associé. Accro à la drogue dure, l'homme s'était, pour financer son assuétude, servi dans la caisse de l'entreprise, mise en faillite en 2011.

"J'ai commencé la marijuana en dernière année secondaire et la cocaïne, le jour du réveillon de l'an 2000. Ma consommation a dérapé en 2010 pour une raison que je n'explique pas", a déclaré l'accusé qui consommait alors quotidiennement entre une à trois boulettes d'un gramme, au prix de cinquante euros la boulette.

Jean-Charles Van Lierde a rencontré Jimmy De Paepe en 2007 et les deux passionnés de foot sont devenus amis. Jimmy travaillait aussi pour l'accusé, de façon intermittente et devait être son témoin de mariage.

Jimmy De Paepe vendait de la cocaïne et notait toutes les transactions dans un agenda. "Il m'a toujours dit que son stock de cocaïne n'était pas chez lui, il n'aimait pas trop discuter de ce business", a indiqué M. Van Lierde. "Son produit était de bonne qualité, jusqu'à la mi-juillet 2011. Je ne savais pas où il se fournissait". L'accusé prétend que Jimmy ne parlait jamais d'éventuels problèmes rencontrés dans le milieu des stupéfiants.

Jean-Charles Van Lierde devait 9.300 euros à Jimmy mais considérait cette somme comme un montant sur un compte courant suivi dans l'agenda plutôt que comme une dette. "Je remboursais cette dette par tranche, notamment par des matériaux que je livrais chez lui, ou après le paiement d'un chantier", dit-il, ajoutant qu'il avait eu l'idée de monter une escroquerie avec Jimmy dans le but de frauder à l'assurance et de rembourser son dealer qui lui avait demandé 4.000 euros pour financer l'achat de sa nouvelle voiture.

Dans les jours qui ont précédé les faits, les deux hommes ont eu des échanges téléphoniques "mais il n'a jamais été pressant pour le remboursement d'une dette, ni menaçant, contrairement à ce que j'ai lu dans le dossier", affirme M. Van Lierde. Ce dernier prétend qu'il s'est rendu chez Jimmy, la dernière fois, le 26 juillet 2011 et non le 29 ou le 30. Il explique ses contradictions par la pression exercée par les policiers, lors de son audition du 2 août. "Je suis rentré chez moi et j'ai été tout de suite entouré par dix policiers. Mon appartement a été réquisitionné et ce fut un véritable ouragan". Il dit avoir subi la même pression le jour de son arrestation. L'accusé affirme avoir fumé avec Jimmy sur la terrasse de la maison d'Arquennes le 26 juillet. Son empreinte génétique a été retrouvée sur une poignée de porte, le 1er août.

L'accusé dit s'être levé vers 10h00 le dimanche 31 juillet. Jimmy De Paepe l'aurait ce jour-là appelé pour sortir mais M. Van Lierde aurait refusé en raison de travail à effectuer pour son beau-père. Son ami serait passé le voir à Schaerbeek dans l'après-midi et les deux hommes auraient passé une heure à discuter ensemble.

L'accusé aurait quitté Bruxelles vers 13h30 pour se rendre chez son beau-père, où il dit avoir travaillé jusque 22h00. M. Van Lierde a indiqué s'être ensuite rendu chez son père à Lasne avant de gagner son domicile à Overijse à 01h30 passées, où il a fini par s'endormir. Il souligne que son téléphone était déchargé à son arrivée chez lui.

Le 1er août, l'accusé s'est rendu chez un client à Bruxelles, puis de nouveau chez son père. Il aurait appris la nouvelle du décès de son ami Jimmy le soir, au cours d'un repas au restaurant avec des amis.

L'enquête a toutefois révélé que M. Van Lierde avait, au cours de l'après-midi, consulté des articles de presse à propos du drame. "Je n'ai pas cliqué sur cet article évoquant un incendie à Seneffe, je suis passé dessus comme je le fais pour plein d'articles", s'est-il défendu. L'accusé regrette qu'un devoir d'enquête n'ait pas pu démontrer qu'il ne lisait pas tous les articles.

La cour auditionnera les enquêteurs dès 14h00.