Me Jean-Philippe Mayence, avocat de la famille d'Oriana Iannuzzi et de son fils Mattéo, décédés le 1er août 2011 à Arquennes, a plaidé vendredi matin devant la cour d'assises du Hainaut dans le cadre du procès de Jean-Charles Van Lierde, accusé de deux assassinats et d'un incendie volontaire avec circonstance de mort. L'avocat a mis 11 éléments en évidence pour prouver la culpabilité de l'accusé dans les faits qui ont eu lieu le 1er août 2011 à Arquennes (Seneffe). L'avocat a commencé sa plaidoirie avec la diffusion de la première audition vidéo-filmée de l'accusé, en décembre 2011 à la police fédérale. Jean-Charles Van Lierde avait dix ans de moins, il était beaucoup plus maigre, il était désinvolte. "C'est cet homme-là que vous devez juger, pas cet homme qui est dans le box des accusés aujourd'hui". Si l'affaire est plaidée dix ans plus tard, c'est parce que les parties civiles n'ont rien lâché dans cette affaire. "Ils ont mené un combat. Chacun, au sein des instances judiciaires, fera son mea culpa après le procès".

L'avocat dit avoir été outré par l'arrogance de l'accusé depuis dix ans. "A force de vos inventions, à force de mentir, cela se retourne contre vous, la réalité vous rattrape", a-t-il lancé à l'accusé qui n'a cessé d'écrire des notes dans un petit cahier. "La volonté de dissimuler est le fil rouge de ce dossier." Me Mayence a ensuite apporté des éléments qui, selon lui, prouvent que c'est Jean-Charles Van Lierde qui a "massacré" Jimmy et Oriana, avec un objet contondant, avant de bouter le feu dans la maison d'Arquennes, le 1er août 2011.

Premier élément, la personnalité de l'accusé à l'époque, qualifié de "désordre incarné" par son père qui l'accuse de faire la politique de l'autruche continuellement. C'est écrit dans une lettre adressée par le père à son fils, âgé de 32 ans en 2011, toxicomane profond et entrepreneur en difficulté. L'avocat exhibe le rapport psychiatrique rendu en 2012 par les experts, qui confirme les propos du père. Le jour des faits, l'accusé avait bu et consommé de la drogue, selon ses aveux de lundi. "Je vous laisse imaginer le cocktail pour une personne qui perd le contrôle et qui passe à l'acte".

Deuxième élément, les contacts fréquents entre Jimmy et Jean-Charles dans les heures et les jours qui ont précédé le drame. Troisième élément, la dette. Des témoins ont raconté que Jimmy était énervé car un homme lui devait une forte somme d'argent pour la cocaïne et du travail au noir. Or, Jimmy était le dealer de Jean-Charles, lequel l'avait fait travailler au noir.

Quatrième élément. L'accusé a déclaré qu'il s'était rendu le 30 juillet, vers 17h, chez Jimmy à Arquennes mais cela ne correspond pas à l'analyse de la téléphonie. Au sujet de son alibi du lendemain, pour la nuit des faits, le pénaliste remarque que de nombreux messages échangés entre l'accusé et sa compagne ont été effacés des deux côtés. "Il a blindé la période de l'heure du crime. Comment pouvait-il savoir l'heure du crime (entre minuit et cinq heures) lors de son premier récit libre à la police, alors que personne ne le sait ? Ses déclarations vont évoluer sur ce point-là au fil de l'enquête". L'accusé a activé une borne téléphonique qui couvre le ring est, "là où les policiers ont retrouvé les objets volés". L'accusé ne pouvait pas être chez lui avant 3h30-3h40.

Cinquième et sixième éléments, l'enquête a démontré que l'accusé ne s'était pas rendu à Arquennes du 27 au 30 juillet inclus. L'accusé a donc menti en déclarant qu'il aurait pu laisser son ADN sur la clenche de la véranda ces jours-là ou le 26 juillet. Or, cet ADN a été retrouvé intact et complet le 1er août, alors que cette clenche avait été manipulée par la femme de ménage, qui avait les mains mouillées et qui a dû pousser cette clenche pour fermer la porte, le 27 juillet. De plus, les victimes avaient un chien comme l'a rappelé jeudi Me Couquelet, avocate de la mère et de la sœur de Jimmy De Paepe. Cette porte n'est pas restée fermée durant cinq jours.

Septième élement : le crime commis par un proche. Jimmy n'aurait jamais ouvert à un inconnu, il attendait quelqu'un et ne se méfiait pas. Il a été frappé par derrière et l'auteur s'est acharné. Pour l'avocat pénaliste, ce ne sont pas les méthodes de criminels habitués. "Il a mis le feu pour effacer les traces". Huitième élément : l'arme du crime. Selon les enquêteurs, il s'agit d'une massette comme celle qui a disparu dans une valise utilisée par l'accusé et son associé pour faire des tests sur la stabilité des sols, avant la pose de parquets.

Neuvième élément : les objets volés, deux GSM, un sac banane et un agenda, "soit ce qu'il pense être les éléments qui permettront de remonter vers lui". La cocaïne et une somme de 15.000 euros n'ont pas été emportés. Dixième élément, les objets volés ont été retrouvés sur le chemin qu'il utilise pour aller d'Arquennes à Overijse, où se trouvait son domicile en 2011.

Onzième et dernier élément, les SMS envoyés par l'accusé à Jimmy après les faits, "une habitude chez tous ces criminels froids qui cherchent à justifier leur acte". Jean-Charles Van Lierde a consulté les actualités sur internet bien avant le soir, quand il dit avoir appris le drame d'Arquennes de la bouche d'un ami dans un restaurant à Lasne. L'avocat démontre que Jean-Charles Van Lierde a bien consulté, en matinée, des articles de presse évoquant la mort d'un couple et d'un enfant à Arquennes, à la rue de Chevremont.

Pour Me Mayence, tous les éléments sont graves, précis, concordants, univoques et convergent vers la culpabilité.

Pour l'accusation, l'accusé a tué car "il était pris comme un rat dans un piège"

Ingrid Godart, avocate générale devant la cour d'assises du Hainaut, a requis vendredi la culpabilité de Jean-Charles Van Lierde. La magistrate a déclaré qu'elle n'avait pas raconté un roman "mais un scénario bâti à partir des éléments d'enquête". L'accusation a rappelé qu'en juillet 2011, les choses n'allaient pas très bien pour Jean-Charles Van Lierde. Son entreprise était en crise et il avait besoin de 750 euros par semaine pour sa consommation de cocaïne. Il avait rencontré Jimmy De Paepe qui pouvait lui fournir régulièrement de la cocaïne de bonne qualité et qui, en plus, acceptait les crédits. Jean-Charles Van Lierde a puisé dans la caisse de son entreprise, caché des chantiers au noir à son associé et la faillite était proche. L'accusé, qui évite son associé, a engagé Jimmy De Paepe au noir mais ne le payait pas.

A la mi-juillet, la dette de Jean-Charles Van Lierde envers son fournisseur de drogues s'élevait à plus de 9.000 euros alors que ce dernier n'a plus de voiture. Il a vendu la sienne et a besoin d'argent pour en acquérir une autre, une belle berline d'occasion à 27.000 euros. Il lui manquait 7.000 euros et la dette de Jean-Charles devait permettre de boucher le trou. L'achat est prévu durant la première semaine d'août. Jimmy De Paepe a alors insisté auprès de Jean-Charles Van Lierde, jusqu'à perdre patience, d'autant plus que l'entrepreneur spécialisé dans la pose de parquets a souvent fait appel à lui et qu'il a toujours répondu présent.

Le 28 juillet, Jimmy De Paepe se trouve à Bruxelles avec un ami et il semble agacé. Il tente de joindre Jean-Charles Van Lierde à plusieurs reprises et l'insulte. Il a l'impression d'être mené en bateau. Le soir même, Jean-Charles le rassure et promet de le payer. Le lendemain, Jimmy semble plus calme, selon son ami.

Le 30 juillet, il y a de nombreux échanges par SMS entre les deux hommes. Le lendemain, Jimmy De Paepe passe voir l'entrepreneur qui travaille sur un chantier, chez son beau-père à Bruxelles. La visite est calme, selon la belle-sœur de l'accusé qui se trouvait à l'étage. "Pour Jean-Charles, il fallait gagner du temps et il lui a promis de passer chez Jimmy en soirée".

Selon l'avocate générale, Jimmy De Paepe est rassuré mais pas l'accusé, "pris comme un rat dans un piège". Il ne peut pas en parler à son père, qui a la santé fragile, ni à son frère. "Il ne peut pas se livrer au sujet de sa consommation. Ce serait un nouvel échec pour le narcissique qui ne peut pas avouer la déchéance dans laquelle il est entré. Dans son état d'esprit en 2011, demander une aide est inimaginable. Tout sauf ça".

L'accusé aurait alors réfléchi. "Il consomme la cocaïne qu'il vient d'acheter, il boit une bière forte, il se sent fort et choisit une solution forte, radicale et définitive". L'accusé contacte sa compagne pour lui dire qu'il sera injoignable une partie de la nuit.

L'accusé quitte l'étude de son beau-père à 22h02, se rend chez son père à Lasne, vers 23h, et ce dernier repart se coucher. L'accusation doute que l'accusé y prépare une réunion du lendemain car il aurait pu le faire depuis son domicile, à partir de son PC, lequel ne présente aucune activité à ce moment-là. Jean-Charles Van Lierde se rend ensuite à Arquennes, il y arrive peu avant minuit. Jimmy De Paepe, qui n'ouvre qu'aux gens qu'il connait, l'accueille chez lui.

Alors que Jimmy se rend du salon vers la cuisine, il est frappé d'un violent coup porté à l'arrière du crâne avec un objet contondant. L'homme n'a pas pu se défendre, il est massacré. Aucun os de son crâne ne résiste aux coups. Le tueur est monté et s'est acharné sur Oriana Iannuzzi, qui a agonisé 10 minutes. Ce temps a permis à l'assassin de fouiller les lieux mais il n'a pas trouvé l'argent et la cocaïne, bien cachés sous une armoire. Il a jeté des vêtements sur Oriana et a bouté le feu.

Revenu au rez-de-chaussée, l'assassin emporte un agenda, deux GSM et un sac-banane. Selon l'accusation, il nettoie ses mains dans la cuisine et laisse son empreinte génétique sur la poignée de la porte arrière de l'habitation en rentrant chez lui, à Overijse. A 1h24, il rallume son GSM et reçoit un SMS de sa compagne, envoyé peu après minuit. L'appareil active la borne de Waterloo, il est sur le ring est, chemin le plus rapide entre Arquennes et Overijse. C'est le long de ce ring que les enquêteurs retrouvent les objets volés, dont le GSM d'Oriana qui a activé une borne en début de matinée. "Une fois chez lui, il s'est débarrassé de tout ce qui était gênant pour lui, dont ses vêtements. Il prend une douche et s'installe dans son sofa. Il a le temps de réfléchir aux évènements qui vont suivre".

Le 1er août, alors que le monoxyde de carbone dégagé par le feu a tué le petit Mattéo, fils de Jimmy et d'Oriana, l'accusé se déplace dans le Brabant mais ne se rend pas au repas fixé avec Jimmy De Paepe, comme cela est écrit dans l'agenda. Il consulte les informations au sujet du drame. "Il sait que seul l'étage a été incendié et qu'il lui faut préparer une argumentation dans le cas où les enquêteurs relèveraient une trace. Il a le temps de se préparer un scénario et il le fait, envoyant deux SMS à Jimmy. Le soir, il joue la comédie en pleurant son ami". Enfin, l'accusation écarte toute autre piste comme l'ont fait les enquêteurs. "Aucune autre piste n'a pu être mise en évidence, y compris un règlement de compte dans le milieu des stupéfiants".

La défense plaidera vendredi après-midi durant quatre heures. Les faits sont contestés.