La cour d'assises du Hainaut a auditionné jeudi la maman et la sœur de Jimmy De Paepe, assassiné chez lui à Arquennes le 1er août 2011. Les deux femmes, parties civiles au procès, ont parlé de Jimmy mais aussi d'Oriana et de leur fils Mattéo. Le couple s'adorait et l'enfant était très attendu. La sœur de Jimmy se souvient d'un grand frère aimant et protecteur, depuis sa plus tendre enfance. Ils étaient très complices. Adolescents, ils se sont un peu éloignés mais Jimmy gardait toujours un œil sur sa petite sœur.

Le témoin était content de voir à quel point son frère était heureux avec Oriana Iannuzzi. Ils étaient encore plus heureux à la naissance du petit Mattéo, "je n'ai jamais vu mon frère aussi fier, il aurait tout fait pour lui". Du point de vue de sa sœur, Jimmy n'était pas qu'un vendeur de cocaïne, "C'était un frère, un fils, un compagnon, un homme fier de son fils et personne ne mérite de mourir d'une telle façon".

La maman de Jimmy, très émue comme sa fille, décrit son fils comme un homme "jovial, attentionné, généreux, fidèle en amitié, débrouillard, courageux". Certes, il pouvait exagérer en paroles, "mais c'était un homme avec un grand cœur qui adorait sa petite sœur". Elle confirme que Jimmy était un garçon très protecteur, "il prenait toujours la défense d'une fille handicapée en primaire", se souvient-elle.

Elle décrit Oriana comme une jeune femme courageuse, toujours prête à lui donner un coup de main lors de repas de famille. "Elle était toujours inquiète pour son fils quand je le gardais. Je lui envoyais des SMS, je l'appelais pour la rassurer", dit-elle. La maman de Jimmy confirme que son fils et sa belle-fille s'adoraient. "La dernière fois qu'on s'est vu, c'était le 5 juillet 2011 au restaurant pour l'anniversaire de Jimmy".

La journée du 1er août fut la plus atroce de sa vie. "J'ai reçu un coup de fil d'une amie de ma fille qui m'a demandé si j'avais regardé les infos. J'ai cherché et j'ai vu l'article de la maison incendiée, j'ai reconnu la maison. J'ai appelé la police locale mais on ne m'a rien dit. J'ai appelé la police judiciaire et j'ai demandé s'ils étaient morts tous les trois. On m'a répondu : mais oui hein madame. Cela m'a fait mal. J'ai dû appeler ma fille qui était en Alsace pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. Six heures d'angoisse, je venais de perdre trois personnes, je ne voulais pas qu'elle ait un accident sur la route".

Sur le plan professionnel, Jimmy était agent de sécurité dans le milieu de la nuit et il était très apprécié par les personnes qui l'ont côtoyé.

Depuis lundi, la cour d'assises juge Jean-Charles Van Lierde, accusé d'avoir assassiné Jimmy De Paepe et Oriana Iannuzzi chez eux à Arquennes et d'avoir bouté le feu à leur maison, ce qui a provoqué la mort du petit Mattéo âgé de 18 mois. L'accusé, qui avait une dette envers Jimmy, conteste les faits. Jeudi, la cour auditionne les derniers témoins de moralité avant d'entamer les plaidoiries sur la culpabilité.

La famille d'Oriana Iannuzzi est détruite

La famille ne s'est jamais remise de ce drame. Cette tragédie avait provoqué une onde de choc chez les proches des victimes. "On avait une belle famille jusqu'au drame, puis elle a volé en éclats" a raconté mercredi la mère d'Oriana devant la cour. Ses propos ont été confirmés par ses deux autres enfants et son mari.

Oriana était la benjamine d'une fratrie de trois enfants. Elle était très proche de sa sœur, de sept ans son aînée, avec qui elle entretenait une relation fusionnelle. Depuis les faits, sa sœur, qui avait appris le drame alors qu'elle était en vacances à l'étranger, a l'impression d'avoir perdu une partie d'elle-même.

Drôle, joviale, courageuse, Oriana était adorée par ses proches qui la protégeaient. L'arrivée de Jimmy dans sa vie n'avait pas perturbé les liens familiaux. Jimmy, le costaud baraqué, avait été bien accueilli dans cette famille. Le couple adorait partager les moments familiaux, avec les enfants. Les deux sœurs avaient accouché à quelques mois d'intervalle et Jimmy avait été choisi pour être le parrain du dernier fils de sa belle-sœur.

La femme de ménage des victimes porte un coup à la défense

L'enquête a révélé qu'il avait une dette envers Jimmy, relative à l'achat de cocaïne. Jimmy travaillait par ailleurs au noir pour lui. Mercredi matin, un ami de Jimmy a raconté à la cour que, le 28 juillet, Jimmy était remonté contre un homme qui lui devait une importante somme d'argent "pour de la cocaïne et des travaux au noir". Or, il ressort des témoignages que Jimmy travaillait parfois, de manière non déclarée, pour le poseur de parquet.

Lundi, les enquêteurs ont démontré qu'il était impossible que Jean-Charles Van Lierde se soit rendu le 30 juillet 2011 chez les victimes comme il le prétend. Il en va de même pour les journées des 27, 28 et 29 juillet 2011 selon l'analyse de téléphonie réalisée par les enquêteurs. A tout le moins, il est possible qu'il s'y soit rendu le 26 juillet 2011.

S'il n'est pas impossible qu'une empreinte génétique reste plus de cinq jours sur ce genre d'objet, c'est peu probable pour les experts. C'est encore moins probable si cet objet a été en contact avec de l'eau.

Or, mercredi, la femme de ménage du couple a raconté qu'elle avait nettoyé la maison le 27 juillet et qu'elle avait touché cette poignée avec ses mains mouillées. Avant de partir, elle avait appuyé fortement sur celle-ci pour fermer la porte. Pour les parties civiles, il ne fait alors aucun doute que Jean-Charles Van Lierde était à Arquennes le 31 juillet, juste avant le double assassinat.

Selon sa belle-sœur, Jean-Charles avait reçu la visite de Jimmy durant l'après-midi du 31, alors qu'il remettait à neuf l'escalier de l'étude de son beau-père, huissier de justice à Bruxelles. La jeune femme n'a pas entendu la conversation entre les deux hommes.