Béatrice Lattine, accusée de meurtre, a été interrogée pat le président de la cour d'assises du Hainaut, Philippe Resteau, jeudi matin. 

Elle a d'abord expliqué son parcours de vie, désastreux, puis les faits qui se sont déroulés dans le petit studio crasseux situé sur la place Jean Ransy à Courcelles, le 28 juillet 2018.

Reconnue handicapée à 66%, l'accusée a étudié la cuisine dans l'enseignement spécialisé mais elle n'a jamais travaillé. Jeudi matin, lors de l'instruction d'audience, elle a déclaré qu'elle ne voulait pas parler de sa vie. "Je n'ai pas beaucoup connu ma mère car j'ai été placée suite à une dénonciation de mes grands-parents car mes soeurs et moi n'étions pas bien nourris", a-t-elle déclaré après s'être concertée avec son avocate. 

Béatrice Lattine dit avoir été placée à l'âge de deux ans et demi et avoir été frappée par son papa, qui aurait aussi abusé sexuellement d'elle, ce qui ne ressort pas de l'enquête. "Il me prenait pour sa femme. J'avais huit ou neuf ans. Je n'en ai jamais parlé avant". 

L'accusée dit être analphabète et, après avoir quitté le home dans lequel elle a grandi, elle a virevolté chez des amis. Elle a ensuite rencontré un homme plus âgé qu'elle avec lequel elle a vécu seize ans. "Je l'aimais, j'étais bien avec lui", dit-elle au sujet de cet homme qui avait quarante-huit ans de plus qu'elle. Enceinte et épileptique, Béatrice a avorté de l'enfant qu'elle portait, elle dit avoir mal vécu cette situation et qu'elle y pense encore souvent. 

A la mort de cet homme, elle s'est retrouvée seule, vivant à gauche et à droite. Elle a rencontré un autre garçon mais la relation fut brève "car il me trompait et m'aimait que pour les revenus que je touchais de la Vierge noire". 

Elle a rencontré, en septembre 2017, Jean Gillard, un ouvrier en bâtiment qui touchait le CPAS, dans un café d'une station-service. "On se voyait, on se parlait. Deux jours après, il était chez moi", a-t-elle poursuivi. Le couple vivait, en compagnie du chien de Jean, dans un petit studio situé sur la place Jean Ransy à Courcelles. Une odeur pestilentielle régnait dans le logement de douze mètres carrés. 

Le couple sortait souvent dans les cafés de Courcelles pour y boire plusieurs verres de bière, "parfois du matin jusqu'au soir". Elle ajoute que Jean lui disait parfois qu'il allait travailler mais il n'y allait pas, préférant aller au café. Les reproches et les disputes ont commencé quelques semaines avant les faits car Béatrice se sentait seule. Le chien de Jean lui tenait compagnie mais, visiblement, l'entente entre la femme et l'animal était difficile. 

Le jour du crime, le 27 juillet 2018, elle a bu une dizaine de bières en attendant le retour de Jean, vers 16h00, qui était en état d'ivresse avancée. "J'étais fâchée. Je lui avais téléphoné, je lui avais envoyé des SMS. Il m'a dit qu'il venait reprendre son chien, qu'il me quittait et il m'a balancé les clés." Une dispute a éclaté. L'accusée avait tenu une première version des faits. "Il tenait un couteau. Pour me défendre, j'ai retourné son poignet et le couteau est entré dans son ventre". Le coup a été porté sous le sternum et la lame du couteau de cuisine a tranché l'artère aorte abdominale et une partie du foie. Elle déclare aujourd'hui qu'elle a vu noir quand il lui a dit qu'il partait. "Je me suis levé et j'ai pris le couteau. J'étais en colère car j'en avais marre des disputes. Je voulais que tout aille mieux mais il ne voulait pas m'écouter. J'ai pris le couteau avec ma main droite et je lui ai porté un coup dans le ventre. Je me suis sentie abandonnée". 

Interrogée sur l'intention de tuer, l'accusée répond qu'elle n'a ni voulu le blesser, ni le tuer. Pourtant, elle a utilisé une arme létale dans une zone vitale. Elle dit avoir paniqué à la vue du sang et elle prit la décision de nettoyer le couteau, avant de pleurer sur son lit.