Cela fait désormais plus de deux mois que la mobilisation citoyenne contre le projet Boucle du Hainaut est lancée. Deux mois durant lesquels les citoyens ont multiplié les actions : bâches installées le long des routes, présences en masses aux conseils communaux, actions sur les réseaux sociaux, rencontres avec les autorités locales et régionales, envois de près de 21 000 courriers de protestation... Et puis en parallèle, certains ont pris le temps de décortiquer attentivement le dossier du projet pour démonter sa nécessité.

L'asbl Revolht, qui regroupe plusieurs collectifs de citoyens des communes concernées par le tracé, s'est ainsi penchée en profondeur sur les enjeux et impacts de la Boucle du Hainaut. "Cette vision théorique d’une solution clé sur porte présentée comme la seule réponse à une nécessité impérieuse ne passera pas la rampe d’une analyse technique plus approfondie et d’une vision stratégique élargie", soutient l'asbl.

Selon Frédéric Groulard et Marie Reman, deux représentants du groupe Revolht, "les zones d’ombre et les innombrables incertitudes planant autour de la justification même du projet de ne peuvent en aucun cas attendre les résultats du rapport sur les incidences environnementales, prévu en aval d’une acceptation de la demande de révision de plan de secteur introduite par Elia."

"En l’état, le dossier a été unanimement jugé inacceptable", assurent-ils. "Il serait irresponsable de la part de l’exécutif wallon d’autoriser Elia à poursuivre la procédure de demande de révision du plan de secteur en tablant sur les résultats d’une étude d’incidences dont on sait que la portée sera limitée et n’éludera pas les questions de fond, relatives, notamment, au dimensionnement du projet au regard des besoins réels en termes de consommation énergétique ou des innovations technologiques attendues en matière de transport d’électricité."

© Elia

Les conclusions des analyses du groupe assurent que le projet est superflu. "Elia n’a pas réussi à établir la démonstration de la nécessité de ce projet qui apparaît dès lors totalement surdimensionné et en contradiction totale avec le sens de l’histoire, que ce soit en termes de choix de société ou d’innovations technologiques. Son dossier a été calibré en fonction de capacités de production et d’opportunités de commercialisation et non par rapport aux besoins réels en termes de consommation. Elia justifie La Boucle du Hainaut par de faux besoins locaux. Sous couvert d’utilité publique, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité vise exclusivement à renforcer sa position stratégique sur le marché européen de l’énergie."

Le projet d'autoroute électrique entre les postes à haute tension d'Avelgem et Courcelles prévoit l'installation d'environ 250 pylônes de 60 mètres de hauteur sur un tracé d'environ 85 km passant notamment par Frasnes, Ath, Lens, Soignies, Ecaussinnes ou encore Seneffe et Pont-à-Celles. "Au total, 14 communes sont sur le tracé mais ce sont en réalité 21 communes qui sont impactées car certaines sont voisines directes du tracé. Près de 27 000 personnes résident dans un rayon de 2 kilomètres autour du tracé, dont 253 maisons dans le corridor."

"Outre les dommages irréversibles sur l’environnement, l’économie locale, l’agriculture, le tourisme, le patrimoine, le cadre de vie, il présente des risques élevés pour la santé (leucémies infantiles…) pour lesquels le principe de précaution est balayé d’un revers de la main. A lui seul, cet élément rend son dossier irrecevable", estime l'asbl.

Finalement, le groupe citoyen met en avant un manque de transparence. "Le dossier soumis par Elia est vague, incomplet, flou et faible. Réviser le plan de secteur sur cette base reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore vers de futurs développements industriels susceptibles d’anéantir le cadre de vie de dizaines de milliers de personnes."

Voilà pourquoi, Revolht demande une nouvelle fois au gouvernement wallon "d’assumer ses responsabilités et de rejeter la demande de révision de Plan de secteur introduite par Elia. « La Boucle du Hainaut » n’est pas un projet d’utilité publique. Il est par ailleurs nuisible et opaque. Et donc, irrecevable."

© Elia