L'été 2020 aura défilé sans son traditionnel cortège de festivals. Un coup dur pour Jean-François Guillin qui déplore le peu d'attention accordé au secteur culturel. Aux manettes du Ronquières Festival, il veut rester positif à l'amorce de 2021.

Si vous deviez qualifier cette année 2020 par un adjectif?

C'était une année désolante. Les dix mois qui se sont écoulés m'ont désespéré par rapport à la nature humaine. C'était désolant de voir comment on peut utiliser une information pour en faire une montagne. Désolant de voir certains se chamailler tout le temps alors qu'ils sont parfois d'accord. Les politiques ont montré toutes leurs limites, avec une gestion catastrophique, particulièrement pour le secteur culturel et les gens qui y travaillent. Ça a été complètement oublié. Il y a pourtant toute une population qui a besoin d'aller au théâtre, au cinéma ou aux concerts.

Les critiques sont effectivement unanimes dans le secteur culturel. Comment expliquez-vous cette situation?

Tout le monde va faire ses courses pour manger. Les restaurants aussi, tout le monde y va. Mais ce n'est pas le cas des salles de concerts et de théâtre. Le politique devait faire des choix, il s'est dit que c'était moins risqué de mettre de côté le secteur culturel.

Y a-t-il un moment qui vous a particulièrement marqué durant cette année?

J'ai été particulièrement marqué par la délation. Avec cette histoire de raclette au commissariat, on voit que même entre policiers, il y a de la délation. C'est quelque chose qui m'horripile.

Certains diront qu'il est important de veiller au respect des règles sanitaires pour éviter les confinements et aspirer à retourner en festival par exemple…

Oui, mais ce n'est pas le rôle de la population de faire respecter ces règles. Surtout de cette manière. Nous ne sommes pas dans un cas où quelqu'un intervient parce que son voisin tape sur sa femme. On sent plutôt les petites vengeances entre voisins. Ça me fait penser au fayot qui dénonce dans sa classe celui qui a fait une bêtise. On en est là.

Comment voyez-vous l'année 2021?

Partout dans le monde, on mise sur le vaccin qui va nous permettre de sortir de cette situation. Il faut espérer que ça suive. Pour les grands événements de masse cet été, il y a trois certitudes. La première, c'est que les politiques ne prendront aucun risque. Ensuite, personne ne peut dire aujourd'hui où nous en serons au mois de juillet. Enfin, s'il y a n'a pas d'événements cette année, ce sera une catastrophe pour le secteur. Les aides n'étaient déjà pas suffisantes en 2020, et on sait qu'il y aura encore moins de moyens en 2021. Beaucoup ont puisé dans leurs réserves pour tenir jusqu'à maintenant et vont devoir repartir de zéro. Et certains me disent déjà qu'ils arrêteront le métier s'il n'y a pas d'espoir pour 2021.

Avec la fédération des festivals, vous disiez qu'il fallait des garanties en janvier.

Après discussion avec les autorités, l'échéance a été fixée à la mi-mars. Il faudra tout de même engager des frais d'ici là, mais c'est un délai jouable. Je pense que nous pouvons être réalistes et positifs. Il y a non seulement le vaccin, mais aussi d'autres pistes à explorer. À Barcelone par exemple, une expérience de concert a été menée avec 1.000 personnes testées à l'entrée. Seuls les négatifs pouvaient entrer dans la salle. Les résultats sont encourageants, aucun cas n'a été détecté à la suite du concert.