Le cœur n'est pas vraiment à la fête dans la Cité du Gille. Le Mardi Gras pointe le bout de son nez, mais cette année, l'heure sera à la résignation plutôt qu'aux réjouissances. Les artisans du carnaval vont tout de même pouvoir affronter le cap de l'annulation avec une bonne nouvelle sous le bras. Le bourgmestre Laurent Devin a en effet annoncé que le gouvernement wallon débloquait des aides supplémentaires pour les métiers durement impactés par la crise. Pour les louageurs qui étaient passés entre les mailles du filet en raison de leur statut spécial, c'est plus qu'une bouffée d'oxygène.

"Le gouvernement de Wallonie a annoncé qu’il débloquait 200 millions d’euros d’aides supplémentaires pour les secteurs fortement impactés par la crise sanitaire. Parmi ces secteurs, les louageurs de Binche et de La Louvière ainsi que les louageurs des marches de l’Entre-Sambre-Et-Meuse", communique Laurent Devin. "Le ministre-président Elio Di Rupo, que Paul Furlan et moi avions rencontré en décembre, a donc non seulement entendu nos propos mais il y a répondu de manière positive en collaboration avec le ministre Willy Borsus. La Wallonie reconnaît de manière forte l’importance des folklores en général et des carnavals de la région du Centre. Je me réjouis de cette décision qui va aider très concrètement nos louageurs."

La nouvelle réjouit Karl Kersten, louageur binchois. "Notre réaction est évidemment positive à cette annonce. Jusqu'à maintenant, nous avions essayé d'aller dans tous les coins pour décrocher des aides, mais nous n'en avions pas reçu beaucoup, car nous ne rentrions pas dans les catégories habituelles", explique le louageur.

Ces aides wallonnes s'ajoutent à une prime communale annoncée par la Ville de Binche ainsi qu'à une cagnotte ouverte par l'ADF et alimentée par de nombreuses initiatives. Le collège a notamment lancé la vente de drapeaux, masques et stickers aux couleurs du carnaval. Les bénéfices seront reversés à la cagnotte pour les artisans et le projet rencontre manifestement un franc succès: tout est parti en quelques jours si bien que la Ville de Binche va lancer de nouvelles commandes.

La situation des louageurs est compliquée. Dans les restaurants, les salles de sport ou de spectacle, le confinement pèse lourd. Mais on peut encore espérer une amélioration dans les semaines ou les mois à venir pour relancer l'activité, même si l'on sait que ce ne sera pas facile. Pour les louageurs cependant, c'est toute la saison carnavalesque qui passe à la trappe et il n'y a pas grand-chose à espérer avant l'année prochaine. Toutes les marques de solidarité sont donc les bienvenues.

"Quand on pourra refaire le carnaval, il faudra des fonds. C'est ça qui est compliqué, car en 2020, nous avions investi dans nos fournitures comme chaque année. Mais après les trois premiers carnavals, tout est tombé à l'eau", explique Karl Kersten. "Nous sommes donc toujours touchés par ceux qui nous soutiennent et surtout les gens qui viennent nous rendre visite. Pas plus tard que ce matin, quelqu'un est encore passé me faire un petit coucou. Ils nous rappellent qu'ils sont toujours là et qu'ils comprennent notre situation."