Rencontre avec Christophe Redko, l’avocat louviérois spécialisé en roulage, réputé pour dénicher les failles dans les P.-V.

Tantôt critiqué par des associations de sécurité routière ou encore par les familles de victimes, tantôt adulé par les automobilistes qu’il sauve, l’avocat Christophe Redko est connu pour son efficacité redoutable devant les tribunaux de police, notamment. Et pourtant, pour ceux qui le connaissent, Christophe Redko aspire à une vie on ne peut plus discrète. C’était cependant sans compter le succès rencontré dans les dossiers qu’il plaide. Rencontre avec un homme de loi, mais avant tout, un homme de cœur qui reste marqué par certains dossiers.

Défendre, et parfois sauver des chauffards qui ont enlevé une vie, ce n’est pas difficile à vivre ?

"Je suis bien avec moi-même. Je n’ai pas de regrets, ni de remords à faire ce que je fais. Je considère que mon travail s’apparente plus à du social. Lorsque l’on a un acquittement, c’est certes intellectuellement flatteur. Mais je ne me pose pas de questions, parce que j’ai juste fait état d’éléments et de faits devant le tribunal. Je n’apporte pas le jugement final ! Alors, effectivement, on peut dire que c’est facile de se retrancher derrière ces arguments. Mais si je ne soulève pas ces éléments, alors, je commets une faute professionnelle ! Je ne me sens pas mauvais parce que j’ai développé tel argument. L’idée, dans mon travail, c’est de faire du mieux que l’on peut pour aider les autres, à savoir mes clients. Et les aider, ce n’est pas nécessairement arriver à un acquittement. Je ne suis pas un magicien. Aider mon client, c’est aussi arriver à un aménagement de la peine. J’essaie de trouver la solution la moins dommageable. Pour répondre exactement à votre question, le chauffard qui a enlevé une vie, il est évident que l’on ne peut pas contester le décès ou le minimiser. Mais l’on peut apporter des circonstances particulières et montrer que n’importe quelle personne, dans ces mêmes conditions, aurait eu cet accident."

Avez-vous déjà refusé de défendre quelqu’un ?

"Oui, évidemment ! Soit parce que j’estime que je ne serai pas d’une aide suffisante pour cette personne. Ou simplement parce que je ne ressens pas la relation de confiance avec mon client. J’ai encore eu ce cas de figure récemment. La relation des faits relatée par une personne impliquée dans un accident de roulage n’était pas crédible. Si mon client n’a pas confiance en moi, cela ne peut pas aller !"

Le cas le plus difficile que vous ayez défendu ?

"Émotionnellement, il y a beaucoup de cas qui sont tristes. Il est vrai qu’il y a parfois de la tendresse pour des situations particulières. Certains dossiers m’ont bouleversé ! Je me limiterai néanmoins à la narration partielle de deux faits vécus. Un dossier pour lequel je défends une victime. Une jeune fille qui venait de perdre son papa dans un accident de la route, est à son tour victime d’un accident grave. Elle y a perdu sa maman et y a été très grièvement blessée. Elle gardera des séquelles toute sa vie. Ce dossier m’a marqué. Et pourtant, cette jeune fille, malgré cet accident, parvient à se relever de ce terrible drame. Ensuite, il y a l’autre côté du miroir. Un dossier pour lequel je défends un jeune homme qui, au cours d’une soirée imbibée avec ses amis, prend le volant d’une voiture. Ils prennent tous, à tour de rôle, le volant. Aucun n’a le permis. On décide de rouler dans des chemins que l’on ne connaît pas, on s’amuse au volant, on conduit sans permis, mais sous influence de l’alcool. Ce qui devait arriver arriva malheureusement : un grave accident ! Collision au cours de laquelle un jeune, son meilleur ami, décède. Les autres sont blessés. Une vie qui s’éteint, une autre qui s’écroule. Selon les statistiques, dans de telles conditions, l’accident ne pouvait que survenir. Trop d’éléments amenaient à la probabilité de la réalisation d’un sinistre. Ce dossier m’a effectivement touché. Ce gamin, oui, il l’a cherché ! Mais non, il ne le mérite pas plus que les autres. C’est comme si l’on avait donné un revolver à ces jeunes et qu’ils avaient joué à la roulette russe. Désormais, en plus de vivre avec cela sur la conscience, il reçoit des menaces de mort parce qu’il est responsable de la disparition de son meilleur ami."

Que répondez-vous à vos détracteurs, ceux qui ne comprennent pas pourquoi défendre certains chauffards ?

"Malgré l’implication émotionnelle que l’on vient d’évoquer, j’essaie d’avoir et de garder du recul dans mes dossiers. Le fait de défendre quelqu’un ne signifie en aucun cas que l’on cautionne ce qu’il a fait. Comme je vous le confiais, je n’ai pas de problème avec moi-même. Et si le dossier ne me convient pas, je ne le prends pas."

Le droit et les matières de roulage, c’est une passion pour vous ?

"Au départ, pas du tout. J’ai envisagé le droit comme, peut-être, la seule chose qui me concernait par dépit de toutes les autres matières. Pour tout vous dire, mes parents étaient avocats. Quand je me suis décidé à faire le droit, ils m’ont confié notamment les affaires de roulage. J’ai tout d’abord tâtonné. Maintenant, je m’éclate dans mon job. J’ai la chance de prendre du plaisir dans mon travail, et heureusement. C’est donc devenu une passion. Cela étant, il faut savoir que le droit du roulage, c’est le parent pauvre à l’université, car il n’y a pas de cours sur cette matière."

Vos proches vivent-ils facilement votre notoriété ?

"Ma notoriété, comme vous l’évoquez, n’est pas celle d’un people. C’est plus le nom que le physique. J’ai cette chance d’ailleurs que l’on ne se retourne pas sur moi en rue. Je dirais que ce n’est pas que l’on me connaît, mais que l’on ne me reconnaît pas. Je suis moins people d’ailleurs que certains confrères du barreau, qui sont eux bien plus médiatisés. Comme je n’ai pas les désagréments des gens populaires, mes proches n’ont aucun inconvénient à vivre avec moi. Enfin, je l’espère ! (rires)"