Colère et incompréhension. Au lendemain d'un nouveau Codeco qui met à nouveau la culture sous l'éteignoir, les opérateurs culturels de la région du Centre n'en reviennent pas d'être à nouveau les dindons de la farce d'un mauvais conte de Noël.

"Je suis très en colère. Ce sont des décisions politico-politiciennes qui ne sont pas argumentées et qui ne tiennent absolument pas compte de l'avis des experts, selon qui les théâtres font partie des lieux les plus sécurisés en Belgique", peste Vincent Thirion, directeur de Central à La Louvière. "On s'est adapté, la plupart des grands théâtres ont des gros extracteurs pour la circulation de l'air, on a demandé les Covid Safe Ticket à tout notre public, on a demandé un masque, de garder les distances…On est plus en sécurité dans un théâtre que chez Cora! Pour le dire crûment, j'ai l'impression qu'on se fout de notre gueule."

Même incompréhension du côté de la famille Pescatore, qui exploite le cinéma Stuart. "Ce n'est pas comme si on avait des salles blindées, sauf peut-être pour Spiderman", note Isabelle Pescatore, qui déplore que tous les efforts qui ont été faits par le secteur sont balayés d'un revers de la main. "On s'est tous vaccinés, on a contrôlé le CST…et on nous ferme quand même, alors que les grandes surfaces sont blindées!"

Pendant que les magasins feront leur chiffre de l'année, les exploitants de salle peuvent faire une croix sur une période charnière qui voit se rencontrer les blockbusters et le public, pour le plus grand bonheur de leurs trésorerie. Hier, c'est Matrix Resurrections qui déboulait dans la programmation. Son exploitation ne durera que quatre jours. "Le problème, c'est que ces films se retrouveront sur les plateformes et le film sera perdu pour nous."

"On arrête tout et Joyeux Noël"

Côté théâtre, on est reparti pour une volée d'annulation pour une période indéterminée. "Aujoud'hui, je vais devoir appeler Jean-Pierre Darroussin pour lui dire qu'on ne pourra pas l'accueillir car notre gouvernement en a décidé autrement. Et c'est un spectacle perdu, qu'on ne pourra sans doute pas reprogrammer. J'ai également Michel Jonasz, que j'ai déjà dû repousser une première fois. Ou encore Louis Chedid, qui a déjà été replacé trois fois!"

Derrière la programmation malmenée et les artistes annulés, il y a surtout de l'humain dont on fait peu de cas. "Ce sont 40 personnes chez nous à qui l'on dit du jour au lendemain qu'elles peuvent arrêter. La production, la régie, les ateliers, la médiation…C'est fini, on arrête et Joyeux Noël!" Au Stuart, Isabelle a également une pensée pour le public et les enfants, privés à nouveau d'un loisir durant les vacances. "Encore une fois, ce sont eux qui trinquent: on leur supprime tout."

Vincent Thirion craint à terme une rupture: "ça crée aussi une scission déroutée et un peu perverse avec le public. Que crée ces mesures qui le détournent du théâtre dans l'esprit de M. et Mme Tout-le-monde? On va vers de gros problèmes."

Néanmoins, le secteur n'entend pas se laisser faire. "Au sein de la FEAS (Fédération des Employeurs des Arts de la Scène), qui réunit une quarantaine de directeurs de théâtre, on est tous sur la même longueur d'onde et on déplore le même manque de respect. Des actions seront menées et sont en train d'être coordonnées."