C’était la fois de trop pour le CPAS d’Écaussinnes. Après avoir encaissé, depuis plusieurs mois, des déclarations politiques considérées comme dégradantes par les membres du service, le message lancé est fort. "Les CPAS, on le sait et on le voit tous les jours, se tournent les pouces en attendant que les gouvernements daignent leur apporter un peu de travail", décrivent ironiquement la présidente et le directeur général. "C’est du moins l’impression que nous donnent les gouvernements depuis quelque temps."

Dans nos colonnes, la présidente du CPAS du Roeulx avait également pointé la situation de souffrance des assistants sociaux. Même son de cloche du côté d’Écaussinnes, "il faut s’en rendre compte, les CPAS sont à bout." Alors que nous sommes en situation de crise, les services du CPAS sont très fortement sollicités par la population, ils interviennent de plus en plus en revenu d’intégration. La charge de travail explose, la croissance est de l’ordre de 10 à 15%, mais augmente encore selon le CPAS. "On l’oublie trop souvent, alors que nous accordons beaucoup plus d’aides sociales qu’avant la crise, le travail des CPAS est sous pression et le gouvernement fédéral n’a augmenté le subside en personnel que de 45 euros par dossier revenu d’intégration." À titre illustratif, cela fait moins de 8.000 euros par an pour le CPAS d’Écaussinnes, de quoi engager 1/7ème d’assistant social. Autrement dit : personne.

Ce qui pousse le CPAS à prendre la parole, c’est une demande récente du fédéral. "Le gouvernement vient de demander aux CPAS de venir en aide aux étudiants et jeunes 18-25 en difficulté", poursuivent-ils. "C’est notre métier et, en soi, cela ne pose pas un problème, mais c’est ceci en plus du reste qui s’accumule. Cela nous tombe dessus sans nous donner les moyens en personnel pour ce faire. C’est étouffant."

Tout cela dans un contexte financier devenu difficile pour les CPAS. "Peu avant, ce même gouvernement décidait d’augmenter le montant du revenu d’intégration (RI) de 22% en 4 ans tout en n’augmentant pas le subside alloué aux CPAS, engendrant par là- même occasion une considérable hausse du déficit de ces derniers", expliquent la présidente, Muriel Van Peeterssen et Ricardo Cherenti, directeur général. "Rien que pour le CPAS d’Écaussinnes, cela veut dire 180.000 euros par an de notre poche, donc celle de la commune. Pour la Belgique, le chiffre est de 104 millions. Pour la Wallonie, on peut avancer le chiffre de 49 millions."

Le CPAS a également appris que le gouvernement wallon souhaite aider les intermittents du spectacle en dégageant un budget de 15 millions d’euros. Une très bonne nouvelle pour les artistes, mais qui rajoute du travail aux assistants sociaux déjà débordés. "Nous sommes soulagés. Nous attendions justement un nouveau projet du Gouvernement pour, enfin, avoir un petit peu de travail. Nous nous tournions les pouces en attendant !", continuent-ils ironiquement. "Nous en avons marre que l’on ait si peu de considération pour les CPAS. Nous en avons marre de travailler sans moyens suffisants. Nous en avons marre que les citoyens les plus précaires ne soient pas respectés."

L’ensemble des membres se disent épuisés et en colère. Ils demandent aux gouvernements de rapidement proposer un plan de refinancement des CPAS, à la hauteur de leur réel travail. "Arrêtons de considérer les CPAS comme des institutions de second ordre."