C'est depuis cinq générations que les Christiaens exploitent leur ferme à Estinnes. Ils y cultivent des betteraves, des pommes de terre ou encore du lin. Mais 50% des terres sont réservés au blé. Un blé qu'ils transforment depuis peu en farine sur place, grâce à leur moulin. Et c'est plutôt rare dans la région.

"Mon beau-frère est dentiste, mais c'est aussi un bricoleur dans l'âme. L'an dernier, il a commencé à mettre l'idée sur pied puis durant l'été, on s'y est tous mis pour franchir le pas. Nous avons maintenant notre propre moulin avec meule sur pierre", explique Julien Christiaens. "Ça fait 35 ans qu'on cultive du blé planifiable. Nous travaillions jusqu'à présent avec un important moulin en Flandre. Mais nous voulions donner plus de sens à notre travail et mieux rentabiliser notre culture avec notre propre installation."

Une installation qui présente quelques avantages… "Le blé est généralement moulu sur des rouleaux métalliques par de gros moulins industriels. Ici, notre installation est nouvelle évidemment, mais c'est un véritable moulin à l'ancienne avec une meule sur pierre naturelle", poursuit Julien Christiaens. "Ça permet de moudre le grain plus lentement, la farine ne s'échauffe pas et ça nous donne une farine semi-complète, avec plus de minéraux. De plus, nous travaillons notre blé selon les principes de la culture raisonnée. On ne retrouve donc pas d'insecticides de stockage, c'est-à-dire les produits phytosanitaires qui sont pulvérisés sur les céréales dès qu'elles subissent de gros déplacements. Nous suivons nos cultures de près et nous utilisons des produits uniquement si c'est nécessaire, lorsqu'on constate des attaques de champignons ou d'insectes par exemple. La culture raisonnée nous est apparue comme un juste milieu entre la culture classique et la culture bio pour laquelle il y a des risques de voir se développer des mycotoxines."

Une culture raisonnée et un moulin à l'ancienne, cela se traduit à l'arrivée par une farine de qualité qui a déjà trouvé des adeptes. "Nous avons trois boulangers dans la région qui travaillent avec notre farine. Nous vendons aussi aux particuliers. Pas directement à notre ferme, car nous n'avons pas d'autres produits adaptés à la vente directe. Mais nous travaillons avec différents comptoirs de produits locaux. C'est une farine qui peut être utilisée pour le pain, les pâtisseries ou même des sauces."

Les Christiaens devraient avoir de quoi satisfaire plus d'un amateur. Leur moulin peut produire jusqu'à 50 kilos de farine par heure, et ils ambitionnent à court terme de sortir une tonne par semaine. De quoi faire la fierté de René Christiaens, 92 ans, heureux de voir la relève brillamment assurée.