Une fois de plus, les équipes de l’association Animaux en Péril ont fait face à l’horreur. Ce dimanche en début de soirée, cette dernière, ainsi que la SPA de La Louvière, Equi’chance, Tabula Rasa et Help Animals sont intervenues pour secourir une vingtaine d’animaux d’une situation dramatique à Strépy-Bracquegnies, dans la commune de La Louvière. La police a constaté la maltraitance manifeste à la suite d’une alerte lancée par une habitante du quartier.

La découverte d’un véritable charnier a conduit très rapidement les autorités à ordonner la saisie des animaux encore vivants ; deux chevaux, trois poneys, trois moutons, trois chèvres, deux agneaux, une poule, quatre chats et un chien. "De l’extérieur, le constat était déjà édifiant. Deux chevaux et trois poneys erraient dans un terrain maculé d’excréments avec pour seul abri une serre en toile trouée", explique-t-on du côté d’Animaux en Péril. "Sans possibilité de s’abreuver ni de se nourrir autrement qu’avec du fourrage moisi, ces animaux dépérissaient littéralement."

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Alors que quatre chats déambulaient dans cette parcelle parsemée d’immondices, l’unique chien présent sur place était lui détenu dans une cage en bois. Un peu plus loin se trouvait un abri de fortune construit avec quelques palettes clouées entre elles afin d’abriter les chèvres, les moutons et leurs agneaux "Sans possibilité de sortir, les ovins et caprins sont prisonniers de cette geôle en piteux état." L’horreur a atteint son paroxysme quand les soigneurs professionnels des refuges ont découvert que ces derniers piétinaient plusieurs cadavres de leurs propres congénères.

"Quelques-unes de ces dépouilles sont récentes, mais d’autres sont dans un état de décomposition avancé. En soulevant des palettes, un membre de l’équipe révèle le cadavre d’un cochon. Bien évidemment, une odeur pestilentielle émanait de ce cloître à cause de la décomposition des cadavres et des restes d’animaux éparpillés sur place. Une tête de cochon coupée laisse à penser que le propriétaire procédait à des abattages illégaux au sein de sa propriété."

Une poule, seule survivante de ce qui était autrefois un poulailler, a par ailleurs été retrouvée par les bénévoles. "L’état sanitaire global est alarmant pour les animaux pris en charge. Les victimes souffrent d’une infestation importante de parasites. La toison des équidés est ravagée par la vermine (gale) au point qu’un cheval souffre d’une grave dépilation. Pour l’autre cheval, son pelage n’est plus qu’une immense croûte de boue séchée. Ces chevaux, ainsi que les ovins sont également rongés par la vermine interne, ce qui occasionne des diarrhées sévères."

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La toison des moutons est également touchée par les parasites et se trouve dans un état à peine descriptible. "À cause des fortes diarrhées dont ils sont sujets, leurs queues ne sont que des amas de déjections. Les ovins sont dans un état de cachexie, forme grave de maigreur qui entraîne la fonte des graisses, mais également la fonte des muscles." Les moutons ont dû être portés par les soigneurs et bénévoles pour rejoindre les vans tant ils ne pouvaient pas marcher sans douleur.

"Les onglons des ovins adultes n’ont jamais été entretenus, leur longueur est impressionnante. De plus, leurs pieds sont attaqués par la maladie de piétin qui se traduit par un décollement des onglons, des saignements et des boiteries importantes. Arrivés au refuge affamés et complètement déshydratés, les survivants de cet enfer se sont rués vers les abreuvoirs et la nourriture mise à leur disposition." Sauvés de l’enfer, les animaux auront besoin d’énormément de temps pour se remettre sur pied. "Ils doivent en priorité se reposer et reprendre des forces."

Le propriétaire des rescapés n’en était visiblement pas à son coup d’essai. "Il a partagé, sans honte, ses nombreuses négligences qui ont conduit à la mort d’autres animaux. Le personnage se vante, entre autres, d’avoir causé le décès de deux bovins et d’un cheval, morts noyés en tentant désespérément de s’abreuver dans la rivière attenante au terrain. Cette confession est la traduction d’un mépris éhonté pour la vie animale et qui révèle le défaut d’empathie invraisemblable de l’homme."

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Les refuges se posent également la question de la responsabilité du vétérinaire. "Le vétérinaire du propriétaire était également présent sur les lieux lors de l’intervention. Les déclarations de ce dernier ont beaucoup choqué les intervenants. Il n’a pas hésité à déclarer que la saisie lui paraissait abusive et que pour lui, le décès des animaux était dû à un simple changement d’alimentation." L’ensemble des associations présentes ce week-end a décidé de porter plainte contre ce dernier à l’encontre de ce dernier.

En ce qui concerne la destination finale des animaux, la décision revient au Bourgmestre de La Louvière qui a deux mois pour confirmer que les animaux seront confiés aux refuges qui les ont pris en charge. La police a dressé un procès-verbal pour infraction au Code wallon du Bien-être animal en raison d’actes de maltraitance manifestes. Le propriétaire pourra être poursuivi au pénal ou administrativement. Si le Parquet décide de prendre la main dans cette affaire, il pourra renvoyer le propriétaire devant le tribunal correctionnel.

Celui-ci risque de 8 jours à 3 ans de prison et/ou une amende pouvant s’élever à 1 million d’euros. Si le Parquet ne poursuit pas, la main reviendra alors au fonctionnaire sanctionnateur qui pourra infliger une amende pouvant aller jusqu’à 100.000 euros, mais également un retrait de permis de détention d’animaux. Ce qui, compte tenu des circonstances et du caractère de récidive de l’individu, serait la moindre des choses à espérer.