Trois jours après le drame qui a touché Strépy-Bracquegnies, l’émotion reste vive au sein de la population. La communication autour de la qualification des faits, ce mardi matin, reste difficile à avaler pour bon nombre de citoyens, de proches et de familles des victimes, qui estiment que justice risque de ne pas être rendue dans ce dossier alors que six morts sont à déplorer. Certaines voix s’élèvent cependant pour réclamer de l’apaisement.

Sur les réseaux sociaux, dans un groupe citoyen rassemblant des Louviérois notamment, Geneviève Louyest a décidé de s’exprimer et de s’inscrire dans cette démarche. La douleur, la colère, la rancœur, cette dernière connait. "Je suis la fille de Jacques Louyest. Il était médecin à Jolimont", écrit-elle. "La plupart d’entre vous ne se souviennent pas de lui, il est mort le 8 mars 1980. Il a été tué dans un accident de voiture à Manage, provoqué par un jeune de 17 ans, qui avait piqué la voiture de son père."

Des circonstances tragiques, d’autant que ce jeune conducteur "roulait au double de la vitesse autorisée, avait passé 2 grammes d’alcool dans le sang, faisait une course avec des copains en agglomération au sortir d’une fête"… Et n’a pas passé un seul jour en prison. "En revanche, l’assurance s’est retournée contre lui et cela a eu de lourdes conséquences financières pour lui", ajoute Geneviève Loyest.

"Sur le moment, j’aurais voulu qu’il soit arrêté, j’étais dans la colère, et c’est normal. Et puis, par la suite, j’ai réfléchi et je me suis demandé si le fait qu’il soit en prison aurait changé quoi que ce soit à ma peine, aux conséquences pour ma famille. Et je peux vous dire que non, cela n’aurait rien changé, ni pour mon père, ni pour aucun des membres de ma famille. Je ne lui ai jamais pardonné, parce que je n’en suis pas capable, mais j’ai pris de la distance."

Et de poursuivre : "Pourquoi est-ce que je vous raconte cela ? Parce que la colère est mauvaise conseillère. Laissez faire la justice et la police, ils feront le job. Les termes juridiques utilisés sont ceux de la loi, et des peines sont prévues. Et aussi, ne partagez pas les noms et photos des occupants de la voiture, ils ont le droit à un procès équitable, pas à une vengeance qui risque aussi de s’étendre à leurs familles, qui ne sont pas responsables des actes irresponsables qui ont été commis."

Par ce témoignage, l’auteur invite chacun à entourer les familles concernées dans leur deuil et leurs souffrances, non pas uniquement maintenant mais aussi dans quelques mois, dans un an ou plus.