On savait que le projet Strada avait du plomb dans l’aile et que l’entente entre la ville de La Louvière et le promoteur Wilhelm&Co était pour le moins glaciale. Pour autant, l’annonce faite en début de séance publique du conseil communal, ce mardi soir, en a probablement fait tomber plus d’un de sa chaise. Et pour cause : c’est un constat d’échec qui vient d’être officiellement posé par la majorité PS-Ecolo dans ce dossier. À tel point que cette dernière a demandé, ni plus ni moins, la reconnaissance de caducité du marché conclu entre les deux partenaires.

"C’est un constat grave mais nécessaire que nous posons", a expliqué Jacques Gobert (PS), bourgmestre de La Louvière. "C’est une décision qui ne repose pas sur un problème de personne ou d’égo, il n’y a pas de volonté de s’acharner dans un débat devenu contre-productif. La seule volonté qui nous guide, c’est celle d’avancer, enfin, dans ce dossier. Aujourd’hui, nous devons reconnaitre que nous sommes tous perdants."

Après des années de discussions, de tergiversations, de relations en dents de scie et de négociations avec le promoteur, la ville décide d’abandonner son projet phare. "Le constat que nous posons est clair : le projet qui nous est proposé par le soumissionnaire n’a plus rien à voir avec ce qui avait été convenu et scellé en 2018. Ce marché est devenu obsolète et ce qui se trouve sur la table est tellement différent de ce qui avait été envisagé que nous ne disposons plus d'aucune marge de manœuvre pour poursuivre une recherche de solution."

En matière de marché public, les règles sont claires. Et pour la majorité, le contrat n’a pas été rempli par le promoteur. "Si un entrepreneur participe à un marché public pour la construction d’une villa quatre façades et qu’in fine, vous vous retrouvez avec un studio une chambre, le marché devient caduc, pour la simple raison que si dès le départ, le marché avait été lancé pour la construction d’un studio, d’autres entrepreneurs se seraient probablement manifestés."

Comment la ville entend-t-elle désormais se retourner, alors que des millions d’euros d’indemnités et de procédures lui pendent au nez ? Difficile à dire, à ce stade. Mais la volonté de transformer le site historique Boch reste intacte. "Ce que nous voulons, c’est réécrire un nouveau projet, avec les Louviérois, qu’ils soient écoutés, entendus, consultés. Que l’aménagement de ce site historique soit effectif et corresponde aux besoins et aux réalités socio-économiques de la ville, de la région. C’est une priorité absolue."

Près de 13 ans après les balbutiements du dossier Strada, les citoyens seront donc finalement consultés. Si l’initiative peut être saluée, il reste à espérer qu’elle n’arrive pas 13 ans trop tard…