Il aura fallu du temps, mais ces mercredi et jeudi, les Louviérois ont reçu, dans leur boite aux lettres, un chèque-citoyen d’une valeur de 20 euros, à faire valoir dans les commerces locaux partenaires de l’initiative. Destinée à soutenir les commerçants et indépendants qui ont dû fermer leurs portes pendant la crise, cette dernière n’a pas toujours été accueillie avec enthousiasme, et pour cause : le lancement de l’opération a souffert de quelques couacs.

Du côté des citoyens d’abord, il semble que la communication ne soit pas toujours bien passée. "Nous nous en sommes rendu compte alors que nous pensions avoir suffisamment évoqué le sujet", confie Stefana Baio, présidente de l’asbl L², chargée de la mise en œuvre du plan de relance communal. "Nous en faisons le mea culpa et espérons que les citoyens ne jetteront pas pour autant le courrier car il contient le QR Code et représente donc un montant de 20 euros par membre du ménage."

Au niveau des commerçants, surtout, les choses ont été compliqué. "Nous avons souhaité faire aussi simple que possible mais visiblement, ça ne l’était pas et nous en sommes là encore désolés. Les commerçants devaient en fait s’enregistrer auprès de la société désignée à l’issue d’une attribution de marché, qui est une filiale de Belfius, et ensuite créer un compte et enregistrer une série d’informations, par exemple des coordonnées bancaires."

C’est lors de cette seconde étape que les choses seraient devenues plus difficiles. "Nous avions 374 commerçants inscrits à la première étape mais tous ne sont pas passé à la deuxième. Nous faisons le nécessaire pour que tous puissent finaliser leur participation." Hier, seuls quelques commerçants étaient donc répertoriés comme partenaires de l’action. Ce jeudi, ils étaient une soixantaine et la liste continuera à s’étoffer.

Des corrections doivent également être apportées au niveau des localités des commerces répertoriés puisque certains d’entre elles étaient inexactes. "Nous avons pris contact avec la société qui édite la liste afin que le nécessaire soit fait aussi rapidement que possible. Je peux comprendre que certains citoyens aient le sentiment que nous avons travaillé dans l’urgence mais il y a eu énormément de travail en amont pour qu’ils puissent réceptionner leurs chèques avant la braderie et les soldes."

On notera encore qu'un macaron est actuellement distribué auprès des commerçants pour rendre leur participation plus visible et que les citoyens qui le désirent pourront convertir la valeur de leur bon – soit 20 euros – en Lupi, la monnaie locale louviéroise. L’asbl Lupi est en effet reprise comme un commerce à part entière. Les chèques pourront donc être utilisés pour « acheter » des Lupis, qui pourront ensuite être réellement utilisés dans un autre commerce.

Plus&CDH ne mâche pas ses mots

Si les citoyens ont souligné les couacs dans la mise en œuvre de ces chèques-citoyens, l’opposition louviéroise ne s’est pas montrée plus enthousiaste, que du contraire. Du côté de Plus&CDH, on parle même de "cirque" et on se demande si ces 20 euros "seront utilisés pour acheter des mouchoirs." Bref, la critique n’est pas tendre.

"Depuis un an, on attend que la ville réagisse pour soutenir son commerce, à l’instar des villes voisines. Depuis sept mois, on nous annonce l’arrivée imminente de ces chèques de 20 euros (…). Aujourd’hui, les Louviérois découvrent dans leurs boites leurs 20 euros, emballés dans un travail bâclé digne d’un canular", lance Xavier Papier.

Mercredi matin, seuls 29 commerces étaient répertoriés en tant que partenaire de l’action. Aujourd’hui, la liste évolue mais on reste loin des 1200 commerçants installés sur l’entité. "On apprend que des membres du cabinet du Bourgmestre, et non du personnel de L², parcourent la Ville sous la canicule pour essayer d’augmenter ce nombre ridicule. Alors que L² travaille à cette mesure depuis des mois. On promet très vite 300 commerces participants. Promesse qui pourrait être tenue sur base d’une modification des règles d’octroi. Ce qui est surprenant après avoir communiqué le règlement depuis des semaines. Et tout cela, en sachant que cette modification des règles est totalement hors contrôle du Conseil communal."

Et l’Humaniste de poursuivre : "Cette cacophonie renforce notre sentiment légitime : confier les chèques à L² était bien une manœuvre nébuleuse pour permettre au Bourgmestre de changer les règles selon ses désirs et empêcher tout contrôle des dépenses faites sur le dos des louviérois. Pourquoi claquer 400.000 € pour engager des personnes supplémentaires sur le compte des louviérois si en définitive c’est la Ville ou le cabinet du Bourgmestre qui se charge du travail ? Il serait temps d’arrêter de copier les méthodes type Publifin."

Sur la mesure même, le CDH reste critique. "C’est bien avec l’argent des taxes des louviérois que seront payés ces chèques. Ce cadeau de 20 €, comme le dit le courrier signé par Jacques Gobert, est offert grâce à un emprunt que les citoyens et leurs enfants rembourseront. C’est écrit tel quel dans les comptes de la Ville. En gros, on prend 20 € dans une poche et on les offre en attendant un merci. Le PS prend vraiment les Louviérois pour des gros benêts… Et ça a vraiment ses limites." Le sujet sera abordé lors du prochain conseil communal, mardi.