Le tribunal correctionnel de Mons a entamé en ce début de semaine l'analyse d'un dossier impliquant un homme et quatre femmes poursuivis dans le cadre d'une affaire qui s'est déroulée à La Louvière durant une dizaine d'années. Coups, insultes, viols, menaces avec armes, attentats à la pudeur, outrages publics faisaient parties du quotidien de cette famille dont le patriarche voulait "enseigner" la sexualité à ses enfants. Dans ce dossier, l'homme poursuivi est détenu, de même que l'une des quatre femmes. Une jeune femme, à la fois prévenue et victime, a raconté l'enfer qu'elle a vécu avec son père durant plusieurs années et les viols commis par ce dernier, parfois en présence de ses autres enfants, mineurs.

Une autre jeune femme, qui a été obligée d'avorter, a aussi raconté comment elle devait se soumettre au chef de famille qui l'avait obligée à avoir des relations avec l'un des fils, mineur, ou à plusieurs sinon il allait la tuer. Les scènes ont eu lieu dans toute la maison en présence des enfants, selon son récit. "Il nous disait qu'on faisait semblant de pleurer et qu'on ne prenait pas de plaisir comme il le souhaitait. En mars 2017, j'ai reçu une balle dans le pied et je suis restée comme ça toute la nuit", a-t-elle raconté.

Un homme a d'ailleurs écopé de cinq ans de prison ferme pour ce tir, alors que les faits de viols et attentats à la pudeurs évoqués lundi étaient encore inconnus des autorités judiciaires. Les victimes disent aujourd'hui que l'homme condamné n'était pas le tireur mais que l'auteur des tirs était le père de famille.

La détenue, poursuivie pour attentats à la pudeur, outrages, traitements dégradants et coups envers des mineurs, était la compagne attitrée du prévenu. Cette mère de famille conteste avoir incité son compagnon à avoir des relations à plusieurs comme il l'a déclaré. "Il m'a toujours fait peur et me fait toujours peur, on était toujours menacé avec des armes. C'était horrible", a-t-elle déclaré au tribunal. "J'ai aussi mis en place des stratagèmes pour éviter d'avoir des relations avec mon fils."

Le détenu, quant à lui, est poursuivi pour viols, notamment sur des mineurs, attentats à la pudeur, tentatives de viol, outrages envers des mineurs, traitements dégradants, coups et blessures avec incapacité de travail et détention d'armes. Il conteste tous les faits qui lui sont reprochés, soutenant que toutes les relations entre adultes étaient volontaires. "Je n'ai jamais impliqué mes enfants dans mes relations sexuelles", affirme-t-il.

"Un sadique, un pervers, un manipulateur"

Me Valentine Crombé, avocate de quatre enfants victimes, dit être passée de l'effroi au dégoût en lisant ce dossier, puis à l'horreur. "Je n'ai jamais vu un dossier aussi abject. Je demande au tribunal de tenir compte du contexte et de l'ambiance entourant ce dossier", a déclaré l'avocate.

L'avocate montoise a évoqué des scènes particulièrement glauques qui se sont déroulées dans le domicile familial à La Louvière. Le père de famille, actuellement détenu, vivait avec plusieurs femmes et obligeait ces dernières à entretenir des relations sexuelles avec leurs propres enfants. "Au-delà des violences physiques, il y avait des violences psychologiques sur les enfants", a déclaré l'avocate.

C'est l'un des enfants, victimes de sévices, qui a dénoncé les faits devant le tribunal de la jeunesse "pour sauver ses frères". Il a déclaré que plusieurs femmes avaient eu des rapports sexuels devant leurs enfants et qu'elles n'avaient rien dénoncé, oubliant de protéger les enfants mineurs, "alors qu'elles avaient le choix de le faire".

Pour l'avocate, le père de famille, est coupable alors qu'il nie les faits. Elle l'a qualifié de sadique, pervers, manipulateur et narcissique en se basant sur les rapports d'expertise. "Il se présente comme un père bien sous tous rapports mais nous ne sommes pas dupes".

Me Jean-Benoît Ronveau représente un homme condamné d'une peine de cinq ans de prison ferme en juillet 2017 pour avoir tiré dans le pied d'une femme, prévenue dans ce dossier. Or, il ressort de l'instruction d'audience de lundi qu'il n'est pas l'auteur de ce tir. Ce dernier serait le père de famille qui a instauré un véritable climat de terreur au sein de sa famille. L'avocat attend la décision du tribunal pour lancer une procédure en révision.

La suite du procès est prévue le lundi 2 novembre.