On le sait, en première ligne face à l'épidémie, les médecins généralistes sont débordés et tirent la sonnette d'alarme depuis longtemps. Mais difficile d'imaginer ce que cela implique concrètement quand on ne le vit pas. Une doctoresse de Binche a donc partagé la journée qu'elle a vécue mardi.

Marie Capacchi travaille avec trois autres docteurs au centre de médecine Heracles à Bray. Elle explique que mardi, elle a vu son premier patient à 8h pour rentrer chez elle à 21h30. Elle a passé au total 131 minutes au téléphone pour des questions covid et a traité 26 documents liés à l'épidémie. Elle a vu 24 patients ce jour-là, mais il y en a 6 autres auprès de qui elle n'a pas pu se rendre et qui avaient pourtant besoin d'elle. Prise dans le tourbillon de ce qu'est devenu son quotidien, elle a même oublié d'aller chercher sa fille à la crèche. Heureusement, les puéricultrices et son mari ont assuré.

Si Marie Capacchi fait part de son quotidien, ce n'est pas pour se plaindre, mais pour faire passer un message constructif. "Nous ne sommes pas épuisés, nous avons encore de l’énergie, et nous allons encore en avoir besoin pendant probablement plusieurs mois. Mais nous sommes extrêmement sollicités, et puisqu’il va falloir tenir sur la longueur, nous avons besoin de rester unis, et que la population soit solidaire du personnel soignant", nous confie la médecin généraliste.

Le coronavirus, pas pire qu'une grosse grippe? Ce n'est pas ce que la doctoresse binchoise constate sur le terrain. L'automne est traditionnellement une période chargée avec ses rhumes, bronchites et autres dépressions saisonnières. Il n'efface pas le suivi habituel des patients diabétiques et cardiaques ou encore l'accompagnement en soins palliatifs. Mais à cela s'ajoute encore le testing, la prise en charge de patients covid ou le travail avec les maisons de repos.

"Par chance, nous nous sommes organisés en mars dernier, entre médecins généralistes", explique Marie Capachhi. "Nous nous sommes équipés en matériel de protection, nous n’avons plus peur d’aller dans une maison atteinte du Covid, et nous avons créé un réseau entre nous, généralistes, mais aussi médecins hospitaliers, et personnel du domicile. Nous communiquons énormément entre nous et c’est finalement une vraie richesse."

La tâche reste rude et les prochaines semaines ne devraient pas offrir de répit. La médecin généraliste en appelle donc à une simplification des procédures, beaucoup trop chronophages dans le contexte actuel. "C’est du temps que nous ne mettons pas pour nos patients qui ont réellement besoin de nous, car malades", indique la doctoresse tout en lançant un message à la population. "Nous avons besoin de l'aide de tout le monde. Il faut absolument respecter la distanciation sociale et la mise en quarantaine. Mais il faut aussi et surtout essayer de rester positif, faire confiance et croire en ce que le personnel médical dit vivre. Il faut éviter de tout remettre en question, nous n’avons plus le temps pour ça. Ne pas respecter les règles, ce n’est pas que faire flamber l’infection. C’est aussi impacter la vie du personnel soignant, c’est impacter la vie de tous, des parents qui doivent continuer de travailler alors que leurs enfants sont en quarantaine, c’est empêcher les gens qui vivent seuls d’avoir des contacts sociaux, c’est du temps perdu à ne pas se voir. J’ai eu une urgence ce mercredi, un monsieur qui vit seul, pour qui j’ai dû appeler une ambulance. Il m’a dit en partant: « Vous savez docteur, de toute façon, à ce rythme-là, moi je vais mourir de solitude ». C’est pour éviter cela qu’il faut respecter les règles, absolument."