Six femmes et six hommes seront chargés de juger dès le 7 mars prochain Salvatore Marasco, alias Rino, 66 ans, devant la cour d'assises du Hainaut. L'homme est accusé d'avoir assassiné son ex-compagne, Isabelle Rectem, lors d'une fête des voisins à Chapelle-lez-Herlaimont, le 7 juillet 2019. Il est aussi accusé d'avoir blessé un conseiller communal, Alain Jacobeus, avec son pistolet semi-automatique calibre 65, détenu sans autorisation.

Six jurés suppléants ont été tirés au sort, jeudi, en raison de la pandémie actuelle. De plus, le parquet général, qui a récusé huit candidats masculins, souhaite ne pas terminer la session sans jurés suppléants comme lors d'un récent procès. Les six suppléants sont quatre hommes et deux femmes.

Selon ce qui ressort de l'acte d'accusation, Rino et Isabelle se sont rencontrés en 2001, alors qu'il était marié. Deux ans plus tard, il s'est installé chez elle. Il a décrit, lors de l'enquête, leur relation comme "idyllique" jusqu'en 2018, déclarant que sa compagne avait changé depuis sa candidature aux élections communales sur la liste socialiste.

Le couple s'est séparé en mai 2019. A cette époque, Rino a acheté son arme à un inconnu passant par son café, contre 600 euros. Il soupçonnait Isabelle d'avoir une relation sentimentale avec un échevin, Luigi Chianta, ce qu'a contesté ce dernier.

En juin et en juillet, Isabelle a déposé plusieurs plaintes contre Rino, pour violence et harcèlement. Selon l'accusation, elle a été agressée lors d'une fête à Piéton, devant un magasin, et sur le parking d'un club de tennis. Isabelle s'est plainte d'être une femme battue. Quant à Rino, il s'est vanté devant plusieurs clients de son café d'avoir acheté une arme "pour tuer Isabelle", selon l'accusation.

Le 5 juillet 2019, il a montré un projectile à la fille d'Isabelle, lui disant: "c'est pour ta mère". Le même jour, Isabelle a raconté ses craintes à une amie, déclarant qu'elle savait que Rino était armé. Le 7 juillet 2019, Isabelle s'est rendue à la fête des voisins organisée par la société de logements sociaux, la Ruche Chapelloise, à la rue des Bleuets à Chapelle-lez-Herlaimont, vers 17h45.

Rino est arrivé un quart d'heure plus tard. Il est reparti vers 18h30 pour revenir vers 19h45 en compagnie d'un autre homme. Selon des témoins, Isabelle était mal à l'aise, car il n'arrêtait pas de la regarder, les mains croisées au niveau de la ceinture. Vers 21h00, il est passé derrière son ex-compagne et a renversé un verre d'eau sur cette dernière. Selon des témoins, c'était volontaire. Lui a déclaré que c'était accidentel. Elle n'a pas réagi.

Vers 22h15, il lui a porté des coups, la faisant tomber du banc sur lequel elle était assise. Selon les témoins, il l'a relevée de la main gauche et il a exhibé son arme qu'il tenait dans la main droite. Agressif, il l'a poussée au niveau du dos, l'invitant à avancer. Elle était terrifiée, selon plusieurs témoins. 

Deux coups de feu ont été tirés, le second étant fatal, car il a traversé le crâne de la tempe gauche à l'oreille droite, sectionnant le tronc cérébral. Une balle a touché un conseiller communal à l'épaule. Rino a pris la fuite avant d'être arrêté par deux hommes qui ont réussi à le désarmer après un troisième coup de feu.

Lors de la reconstitution, Rino a reconnu le caractère volontaire des tirs. Selon des témoins, il reprochait à Isabelle de l'avoir cocufié et de ne pas lui avoir rendu l'argent qu'il avait placé sur son compte afin d'échapper à ses créanciers. L'enquête a révélé qu'une somme de 27.586 euros avait été rendue sur les 50.098 euros placés sur le compte d'Isabelle. Arrivé de Calabre en Belgique en 1972, Rino n'a aucun antécédent judiciaire en Belgique.

Le procès, qui débutera le 7 mars prochain, est présidé par Martine Baes, conseillère à la cour d'appel du Hainaut. L'accusé est défendu par Me Jean-Philippe Mayence et Me Elena D'Agristina, du barreau de Charleroi. Les parties civiles sont représentées par Me Nabil Khoulalène, Me Michel Bouchat, Me Romain Bastianelli et Me Michaël Donatangelo, du barreau de Charleroi.  L'accusation est représentée par Gilles Dupuis, avocat général.