Me Christian Mathieu, autre avocat des parties civiles, a plaidé devant la cour d'assises du Hainaut, mercredi midi, dans le cadre du procès d'Alexandro Carucci, accusé du meurtre de Muriel Bauduin commis à Binche le 13 août 2017. Pour l'avocat, l'intention de tuer ne fait aucun doute. Il soutient aussi la circonstance aggravante de préméditation, plaidée par Me Mayence. Me Mathieu estime qu'Alexandro Carucci a fait le procès de la victime. Il est revenu sur les mensonges de l'accusé durant toute l'enquête. "Sa défense est d'attaquer Muriel Bauduin" sur plusieurs points, les tromperies, les loyers impayés, etc.

Pour l'avocat, l'accusé a une mémoire sélective, oubliant les choses importantes mais se souvenant de détails, comme la couleur du couteau que Muriel aurait exhibé lors de la rixe. Muriel Bauduin a agonisé durant une heure avant de mourir. "Lui a bien réfléchi. Il s'est changé. Il ne devait pas regarder 'Les Experts'. Il était suffisamment organisé."

Pour l'avocat, la violence était devenue une banalité chez Alexandro Carucci. "Muriel a été obligée de s'alimenter avec une paille après la scène de coups du 21 avril 2017. Elle n'a osé déposer une plainte que le 15 juillet. Quatre jours plus tard, elle a voulu retirer sa plainte car il risquait de perdre la garde de sa fille. Elle avait de l'empathie, pas lui!" Ce jour-là, des témoins ont constaté l'importance des coups reçus, soupçonnant même des côtes cassées.

La défense a demandé de requalifier le meurtre en coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner, elle plaidera mercredi après-midi. Mercredi matin, Me Mayence, autre avocat des parties civiles, a demandé à la cour de retenir la circonstance aggravante de préméditation sur le meurtre, donc l'assassinat.

Pour Me Mathieu, l'intention d'homicide est établie compte tenu des arrêts rendus par la Cour de Cassation. "Qui oserait prétendre que les coups portés à la tête, par un homme qui a fait de la boxe durant quelques années, que la violence n'avaient pas d'autre intention que l'homicide?", demande l'avocat qui rejoint Me Mayence sur la question de la préméditation.

Me Mayence : "Que ce drame ouvre les yeux aux autorités"

Me Mayence, avocat de la famille de la victime, s'est opposé à la demande de requalification demandée par la défense, laquelle a demandé de poser la question des coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. "Elle a vécu huit mois d'enfer", a déclaré l'avocat qui espère que ce drame ouvrira les yeux aux autorités. Pour Me Mayence, c'est bien un meurtre qui a été commis dans le petit appartement situé le long de la rue du Cygne, dans le centre-ville de Binche, le 13 août 2017. Il argumente sa thèse en insistant sur une dizaine de points mais le fait d'avoir balancé le corps du haut des escaliers est déjà, pour l'avocat, la preuve de l'intention de tuer.

Me Jean-Philippe Mayence va plus loin et demande de poser la question de la circonstance aggravante de préméditation sur le meurtre. Pour l'avocat, l'accusé a fait le choix de tuer Muriel Bauduin, au lieu de la sauver. Il s'agirait alors d'un assassinat et la peine encourue serait la peine de réclusion criminelle à perpétuité.

Interpellé le 17 août 2017, soit quatre jours après les faits, Alexandro Carucci a menti dans sa première audition à la police, déclarant qu'il n'avait pas revu Muriel depuis le 10 août. Il a changé de version devant le juge d'instruction. "Je lui ai mis deux pêches et immédiatement, très violemment, je l'ai jetée dans les escaliers, tête en avant", a déclaré l'accusé. Pour Me Mayence, il a accepté le risque de mort.

Pendant une heure, alors qu'elle agonisait, Alexandro Carucci a réfléchi au sort de Muriel, choisissant de la jeter dans le canal, avec son sac-à-main. "Tout était réfléchi! Mais son plan n'a pas marché. Il a dit au juge d'instruction qu'il aurait dû regarder plus souvent les experts. C'est odieux!" L'avocat ajoute qu'il a même eu le temps d'appeler une amie pour savoir que faire avec le corps de Muriel. Il soupçonne cette jeune femme d'avoir fait un faux témoignage devant la cour. "Ils se sont donné rendez-vous et il lui a expliqué ce qui s'était passé", affirme l'avocat. Me Mayence s'est penché aussi sur la reconstitution d'octobre 2017 au cours de laquelle l'accusé a encore changé de version, ne parlant plus de pêches mais de coups portés avec la paume de la main.

En avril 2018, Alexandro Carucci est interrogé sur les deux plaintes introduites par la victime avant sa mort, pour des faits survenus en janvier 2017 à Mons et en avril 2017 à La Louvière. Muriel Bauduin a eu soixante-quatre fractures. L'accusé a nié les coups, arguant qu'elle était tombée en état d'ivresse.

Lundi, lors de l'instruction d'audience, l'accusé a déclaré qu'il "n'avait pas pété les plombs à moitié", le 13 août, affirmant qu'il ne savait pas s'il avait tapé la tête de la victime contre le mur, de manière spontanée. Me Mayence note que les lésions constatées par le médecin légiste sur la tête de la victime correspondent à des impacts contre une surface plane. L'accusé a ajouté: "je l'ai frappée jusqu'à la mort". Muriel Bauduin a tenté de survivre. "Les lésions de défense constatées sur son corps l'attestent."

Le 13 août 2017, à 19h34, Muriel Bauduin a été vue vivante pour la dernière fois. Elle a été filmée par une caméra posée sur une étude notariale. A 21h01, Alexandro sort de l'appartement avec d'autres vêtements. Il revient et repart à 22h11. Sa voiture est filmée à 22h30 au canal, à un endroit qu'il connaît. "Il n'y a eu aucune précipitation dans son attitude."

Avec un certain cynisme, l'accusé a envoyé un SMS à la victime se plaignant du bordel dans l'appartement, alors qu'il l'avait jetée dans le canal. Il a aussi envoyé un mail au propriétaire lui demandant combien il devait pour reprendre l'appartement, alors qu'il n'avait jamais rien payé et que le couple avait deux mois de loyer de retard. Il a ensuite surfé sur des sites pornographiques.

La photo de la victime, repêchée dans le canal le 14 août 2017 au matin, témoigne de la violence des coups infligés. Selon le médecin légiste, "le traumatisme crânien est incompatible avec un état de survie". D'après un témoin, Alexandro Carucci est violent "quand il n'a pas ce qu'il veut". Selon d'autres, il est impulsif. "La violence est un mode de vie chez lui. Il a frappé la mère de sa fille. Il a frappé Muriel après vingt-trois jours d'amour, lui cassant des côtes, la défigurant. C'est un lâche, c'est méprisable!" Muriel Bauduin savait qu'elle allait mourir. Elle l'avait confié à deux résidents de L'Abri, quelques heures avant sa mort. Le 6 août, un ami de Muriel l'avait pressenti dans une conversation sur Messenger.

Muriel Bauduin avait 47 ans. Elle était mère de trois enfants et la fille d'André Bauduin, ancien joueur du Sporting de Charleroi dans les années '70. "Une famille extraordinaire" qui pleure la mort d'une femme qui avait décidé de se battre contre l'alcoolisme. Hélas, elle a rencontré Alexandro Carucci sur sa route "qui lui a fait vivre huit mois d'enfer", conclut Me Mayence qui espère que ce drame ouvrira les yeux aux autorités. "Il faut que les auteurs de tels faits soient immédiatement traduits devant un magistrat du ministère public". Il est convaincu qu'Alexandro Carucci a été renforcé par son impunité. "Pas une seule fois, en trois ans, cette demande n'a été faite devant des juges professionnels, pas une fois", s'est insurgé l'avocat.