Pourront-ils organiser des festivals cet été ou tout du moins, des événements alternatifs? Peut-on enfin mettre en place des tests grandeur nature? Les aides au sud du pays peuvent-elles être adaptées à ce qui se fait en Flandre? Ces questions, les organisateurs de festivals de musique côté francophone les ont posées de manière pressante lundi. La ministre Linard à qui nous avions demandé une réaction renvoyait au CODECO. Le CODECO est passé, et pour les organisateurs de festival, il laisse encore un goût amer.

"On remarquera tout de même un changement dans le discours. La carte blanche des trois experts et la mobilisation de différents secteurs sont passées par là. Les responsables indiquent vouloir travailler sur la gestion des risques. Et ils ont parlé de l'événementiel et de la culture, ce qui n'est pas souvent arrivé", introduit Jean-François Guillin du Ronquières Festival. "À présent, il faut que ça suive et que ça se traduise dans les actes. On parle d'organiser des événements-tests. Ça fait tout de même six mois que nous le proposons. Il est donc grand temps de s'y mettre en identifiant les besoins du secteur. On parle d'un nouveau CODECO le 23 avril spécialement consacré à l'événementiel, la culture et le sport. Il faudra des réponses. Ils auraient tout de même déjà pu nous dire qu'il n'y aurait pas de festivals cet été. On ne sait pas encore si on pourra rassembler 50 personnes en mai. On imagine mal en rassembler 50.000 en juillet!"

Du côté du Dour Festival aussi, on a le sentiment de perdre du temps. "Tout était prêt pour organiser ces événements-tests. Et on nous dit qu'on va seulement le faire. Or, ces expériences devront être analysées par des experts. Si nous avons les résultats en juillet, ça ne sert à rien", soupire Damien Dufrasne. "On parle d'autoriser les rassemblements de 50 personnes en extérieur à partir du 8 mai si le nombre de personnes en soins intensifs le permet. Ce nombre n'est pas précisé dans la communication du CODECO. D'après mes informations, il est fixé à 500. Nous sommes à plus de 900 aujourd'hui. Je doute qu'il diminue de près de moitié en trois semaines, d'autant plus que les hospitalisations en soins intensifs sont plus longues."

Certaines réponses sont donc venues de ce comité de concertation, mais pas toutes. "Je sais que la position de la ministre de la Culture n'est pas facile, mais plutôt que de nous renvoyer au CODECO, elle pourrait monter au front avec nous pour provoquer les choses", poursuit Damien Dufrasne. "J'ai parfois l'impression que nous vivons dans deux mondes différents. Les organisateurs de festival sont habitués à réagir au quart de tour et à avancer. Je n'ai pas l'impression que c'est le cas du politique."

Sur les aides plus substantielles en Flandre, la ministre Linard nous expliquait que des efforts étaient déjà consentis chez nous, mais que Fédération Wallonie-Bruxelles et Région wallonne devaient aussi pouvoir s'accorder. "Pour les aides, nous n'avons toujours pas de nouvelles", regrette Jean-François Guillin. "Le problème, c'est que nous avons une Fédération Wallonie-Bruxelles assez pauvre par rapport à la Région wallonne. En Flandre, c'est plus simple, il n'y a qu'un gouvernement avec un budget global. Cela démontre toutes les limites du système francophone."

Lundi, les organisateurs de festivals expliquaient qu'ils n'en pouvaient plus d'être trop gentils. Ce mercredi, la tension est encore montée d'un cran. Elle pourrait emporter ce qui leur reste de patience si le prochain CODECO ne leur apporte pas les réponses attendues depuis des mois. "Comme l'horeca, nous allons devoir provoquer les choses. On ne va pas faire une Boum 2, parce que c'était mal géré. Mais nous allons réfléchir à des événements qui jouent sur la législation pour en montrer tout le ridicule. Nous devons montrer que nous existons, car nous ne sommes pas assez entendus", conclut Damien Dufrasne.