Le député fédéral sonégien Patrick Prévot (PS) a déjà beaucoup de pain sur la planche.

Il n’est âgé que de 36 ans et mais porte déjà sur son dos une belle carrière politique. Secrétaire particulier d’Elio Di Rupo (PS) lorsqu’il était Premier ministre, conseiller communal à Soignies depuis 2006 (il avait 23 ans), député wallon de 2014 à 2019, Patrick Prévot est désormais député fédéral depuis les élections du mois de mai.

Patrick, comment se sont passés vos débuts dans ce nouvel univers ?

Très bien. Mon acclimatation s’est bien faite. Avec mon équipe, nous avons déjà fourni pas mal de travail. J’ai intégré plusieurs commissions importantes et de nombreux textes ont déjà été déposés (voir ci-contre). Donc nous n’avons pas chômé jusqu’à présent (rires).

La charge de travail est plus importante qu’à l’échelon régional ?

J’étais déjà très actif avant. Et ce n’est pas moi qui le dis puisque j’étais repris dans le top 5 des parlementaires les plus actifs dans un classement. J’ai donc demandé à ma petite équipe de garder un rythme soutenu. Je ne cumule pas avec un autre job donc il faut travailler beaucoup. Travailler sur des textes de loi est toujours un très long cheminement.

Quels seront vos plus grands combats durant cette mandature ?

Il y a d’abord le volet qui concerne la protection des consommateurs. Il y a aussi le volet de la santé. Je pense par exemple à la pénurie de certains médicaments. Ce n’est pas normal, dans un pays aussi évolué que le nôtre, qu’une personne qui n’ait pas la chance d’être en bonne santé doive s’endetter pour se soigner. Un autre point important pour moi : la lutte pour l’égalité des chances et l’égalité homme-femme. Et puis il y a un fléau qui me révolte : les violences faites aux femmes.

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Ce sont des matières qui touchent moins directement votre région du Centre.

Oui, c’est certain. Et c’est pour cela que j’ai apprécié mon travail au Parlement wallon. Ça parle davantage aux municipalistes. Désormais, ce sont des matières qui concernent tout le monde, y compris les Sonégiens. Les sujets paraissent plus abstraits dans la conception mais en bout de course, ils ont des répercussions très importantes pour les citoyens : la santé, la justice, la police, etc. J’adorais les matières au niveau communautaire mais j’adore aussi déjà celles du niveau fédéral.

Comment vivez-vous la situation actuelle, avec un gouvernement toujours en affaires courantes ?

À titre personnel, j’avance toujours sur mes textes avec l’espoir qu’une majorité puisse se dégager pour que l’un ou l’autre de ces textes puisse être accepté. En parallèle, il y a le travail de préformateurs de mon collègue Rudy Demotte (PS) et de Geert Bourgeois (N-VA). Rudy est un homme de consensus, qui a beaucoup d’expérience et qui pourra avancer dans le bon sens.

Justement, vous croyez en un accord entre le PS et la N-VA ?

Je ne vois pas comment cela serait possible en sachant que notre idéologie de gauche est beaucoup trop éloignée de la leur. Beaucoup de mes collègues pensent que la raison d’État s’impose parfois au choix du cœur. Mais moi, éthiquement, j’aurais vraiment beaucoup de difficultés. J’ai un grand-père qui a été prisonnier durant la guerre et c’est déjà difficile de me dire que je siège dans une assemblée avec 18 membres du Vlaams Belang en face de moi. Et puis les députés N-VA sont totalement décomplexés. Ils rigolent entre eux, ils applaudissent certaines interventions du Vlaams Belang. La paroi entre les deux est de plus en plus mince. Je ne veux pas qu’on associe mon parti à ces gens.

Et si ça devait être le cas ?

Ça me poserait un gros problème éthique. Je devrais à ce moment-là me poser une série de questions par rapport au travail que je devrais éventuellement réaliser dans une telle majorité.

Au risque de se retrouver dans l’opposition.

Je comprends que de nombreuses personnes attendent que le PS revienne au gouvernement. Mais veut-on y monter en vendant notre âme au diable ? Il y a toutefois encore la possibilité de former une majorité alternative si les autres partis flamands prennent leurs responsabilités. Mais pour le moment, ils ont tous peur de la N-VA. Ça sera donc encore très compliqué.

Déjà 44 textes déposés !

Patrick Prévot et son équipe ont retroussé leurs manches depuis le début de l’été avec déjà pas moins de 44 propositions de loi et propositions de résolution déposées en tant que primo ou cosignataire. Notamment une proposition de loi relative au recouvrement amiable des dettes du consommateur, en vue de lutter contre les abus. "C’est vraiment le texte le plus important pour cette rentrée. J’ai voulu reprendre le flambeau de Fabienne Winckel par rapport à cela. Si l’on arrive à l’aboutissement, il faudra d’ailleurs lui rendre hommage. J’essaye d’arriver en bout de chaîne pour qu’on puisse éviter l’augmentation des frais d’huissier, ce qui aidera à lutter contre le surendettement."

Il est aussi membre effectif de cinq commissions et suppléant de cinq autres. "Je suis député à temps plein donc j’ai demandé qu’on puisse me donner un maximum de travail au Parlement", sourit Patrick Prévot.

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