Le collège s'était engagé à tendre vers une féminisation croissante dans le choix du nom des rues.

Promesse tenue ! Le conseil communal de Seneffe vient de valider le changement de nom de quatre voiries du parc d’activités Seneffe-Manage et le fait de tendre vers une féminisation croissante dans le choix des noms de rue de l’entité. En effet, l’on retrouvera désormais trois noms de femmes sur les quatre retenus, qui sont autant de figures de l’histoire du féminisme belge et européen.

L’une des rues sera ainsi baptisée en la mémoire de Marie Popelin (1846-1913), première femme diplômée en droit de Belgique. Malgré la réussite brillante de ses études, l’accès au Barreau de Bruxelles lui avait été refusé du fait de sa condition de femme. Prêter serment pour devenir avocate lui était tout aussi interdit.

Cette dernière s’était engagée dans une bataille judiciaire qui s’était terminée sur un échec mais qui avait mis en lumière les discriminations subies par les femmes, en particulier dans le secteur professionnel. Si le Barreau est accessible aux femmes depuis les années 1920, le conseil de l'Ordre du barreau de Bruxelles refuse toujours d'octroyer à Marie Popelin le titre d'avocat, à titre honorifique et posthume. Une demande en ce sens avait pourtant été formulée en 2011, à l'occasion du centenaire de la Journée internationale des femmes.

La seconde rue sera baptisée en l’honneur d’Isala Van Dienst (1842-1916), première femme médecin du pays. C’est après la mort accidentelle de son seul frère qu’elle avait fait part de son souhait de devenir médecin. Avec l’accord de son père, elle était partie à Berne pour suivre un enseignement préparatoire aux études universitaires. De retour en Belgique, elle avait formulé une demande d’admission à la faculté de médecine, ce qui lui avait catégoriquement été refusé.

C’est donc à Berne qu’elle avait obtenu son diplôme de docteur en médecine et accouchement, en 1879. Entre-temps, plusieurs universités avaient ouvert leurs portes aux femmes. Elle a ainsi été diplômée de l’ULB en 1883 et autorisée à exercer la médecin un an plus tard. Spécialisée dans les soins aux femmes et aux enfants, elle s’était notamment consacrée aux soins des prostituées.

La troisième rue rendra hommage à Marie Curie (1867-1934), que l’on ne présente plus. À l’origine de la découverte en 1898 du radium et du polonium grâce aux recherches entreprises aux côtés de son mari, elle décroche le prix Nobel en 1903 et devient la première femme à réaliser cet exploit. Au décès de son époux, Marie Curie est devenue professeur titulaire de la chaire de physique générale et radioactivité et est, là aussi, la première femme à occuper un tel poste dans une université. Son deuxième prix Nobel lui avait été décerné en chimie, grâce à ses avancées sur le radium et le polonium.

Enfin, la dernière rue sera nommée selon Ilyea Prigogine, physicien, chimiste et philosophe belge d’origine russe ayant reçu le prix Nobel de chimie en 1977 pour ses contributions à la thermodynamique des processus irréversibles et spécialement à la théorie des structures dissipatives. Il a en particulier montré que quand la matière s'éloigne de son état d'équilibre, celle-ci peut s'organiser d'elle-même.