Il y aura un avant et un après Strépy-Bracquegnies. Ces mots, ce sont ceux d’Antonio Gava, victime du drame qui s’est produit il y a tout juste un mois, en plein ramassage du carnaval. Aux alentours de 5 heures du matin, une voiture fonçait droit sur le cortège folklorique, faisait sur son passage six morts et 39 blessés, dont 10 graves. Aujourd’hui, les blessures sont loin d’être refermées. Pour les personnes touchées, de près et de loin par le drame, le chemin à parcourir pour guérir sera long.

"Ce ne sera plus jamais comme avant, c’est certain", souffle Antonio Gava. "Physiquement, je m’en sors bien. Les douleurs au niveau du genou sont toujours bien présentes mais je ne dois pas subir d’opération. Mentalement en revanche, certains moments sont plus compliqués. J’ai des flashs, je revois des images extrêmement difficiles. Une victime heurtée, le bolide qui passe et qui me touche, les victimes au sol, autour de moi, lorsque je me relève…"

L’échevin le sait, ces images ne seront malheureusement pas oubliées de sitôt. "Je dois encore me reposer énormément. Je travaille une heure et puis je suis totalement cassé, je suis obligé de lever le pied. J’ai aussi cette sensation d’être ailleurs, d’être déconnecté du monde qui m’entoure. Même lorsqu’il y a énormément de bruit, d’agitation autour de moi, je suis par moments comme dans une bulle où le silence règne."

De nombreuses aides ont été mises en place à la suite du drame. Des proches des victimes, des voisins, des témoins ont ressenti le besoin d’être épaulés. "J’ai la chance de parler ouvertement et assez facilement. J’ai également mis certaines choses par écrit, ce qui m’aide d’une certaine façon. Mais je ressens toujours le besoin d’être entouré, de rassembler ceux qui étaient à mes côtés ce jour-là afin que l’on partage de bons moments, plus légers."

Un groupe de parole s’est d’ailleurs constitué afin de permettre à chacun de s’exprimer. "Il y aura des hauts et des bas car il y a un avant et un après Strépy. Il y aura également, en temps voulu, un combat à mener pour changer la législation. Tous les mandataires de la région du Centre seront sollicités afin de plaider à un durcissement des lois. On ne peut pas simplement parler d’un accident de roulage lorsque le chauffeur est un habitué des pointes à 200 kilomètres/heure et qu’il s’en vante."

Pour Antonio Gava, la justice a un travail important à fournir à l’encontre de ce genre de personnes et de comportement. Les sanctions à leur encontre plongent par ailleurs encore bien trop souvent les familles et les victimes dans l’incompréhension la plus totale, tant elles peuvent paraître légères en comparaison avec la gravité de certains faits. De son côté, l’échevin se constituera partie civile mais à ce stade, il estime que la priorité doit être laissée à l'instruction.