La campagne de vaccination contre le covid-19 se poursuit en Belgique. Et elle passe désormais par l'administration d'une troisième dose de vaccin pour ceux qui en ont déjà reçu deux. Pour l'heure, ce sont les personnes de plus de 65 ans, les immunodéprimés et le personnel soignant de première ligne qui sont appelés à recevoir leur rappel. Mais du haut de ses 71 ans printemps, Michel Destrebecq ne compte pas y répondre. Voici pourquoi.

Docteur en sciences à la retraite, le Louviérois a une solide formation en virologie et en immunologie. Il a dirigé pendant plus de 20 ans le laboratoire d'un centre de transfusion. Lorsqu'il a reçu sa convocation pour la troisième dose du vaccin, Michel Destrebecq n'a pas foncé manche relevée. Il a d'abord voulu vérifier son taux d'anticorps. "J'ai demandé une prise de sang. Il apparait que mon taux d'anticorps dépasse le seuil mesurable par prise de sang. Pour avoir le taux exact, il faudrait refaire le test en passant par du sérum dilué, mais c'est inutile. Je sais que je suis protégé, les anticorps me sortent par le nez et les oreilles", sourit le docteur retraité.

Le test qu'il a effectué de son chef, Michel Destrebecq voudrait bien le voir généralisé. "Attention, je ne suis pas du tout antivaccin. J'ai d'ailleurs reçu les deux premières doses du Pfizer. Mais dans mon cas, on voit que la troisième est inutile. C'est probablement parce que j'ai contracté le coronavirus l'an dernier, quelques mois avant de me faire vacciner. Mon taux d'immunité devait déjà être assez élevé lorsque j'ai reçu mes premières doses. Pour d'autres personnes, la troisième dose sera utile. Mais pour éviter de gaspiller des vaccins comme dans mon cas, il faudrait mesurer le taux d'anticorps avant un éventuel rappel. Ce qui permettrait aussi de tenir compte de l'immunité naturelle ou cellulaire dont on parle très peu. On a appris cet été que les prix des vaccins Pfizer et Moderna étaient passés à 19,50 euros. Or, j'ai payé 9,60 euros pour ma prise de sang. Ça ne devrait pas être un frein."

Ménager les finances publiques n'est cependant pas le principal souci du Louviérois. Il voudrait surtout qu'on ne gaspille pas les vaccins chez nous, alors que certains pays sont à la traîne ailleurs dans le monde. "Je rejoins en fait l'avis de l'OMS qui se désole de voir des pays administrer une troisième dose à tout le monde alors qu’ils ont déjà un taux de vaccination hyperélevé. Pendant ce temps-là, dans des pays sous-développés, le virus circule largement parce que le taux de vaccination est beaucoup trop faible, faute de vaccins. Ça risque de nous revenir comme un boomerang en pleine figure si un nouveau variant se développe dans l’un de ces pays pauvres."

L'avis de Michel Destrebecq est loin d'être extravagant. Si de nombreuses études confirment le boost que peut procurer la troisième dose, les modalités de son administration et le choix du public cible ne font pas consensus au sein de la communauté scientifique. En Belgique pourtant, il y a déjà un accord de principe entre les différents ministres de la Santé pour administrer une troisième dose à toute la population. Samedi, le calendrier devrait être fixé. Et tester les taux d'anticorps avant n'est pas à l'ordre du jour, comme nous le confirme le cabinet de la ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale. "On peut comprendre la réflexion de ce docteur", indique la porte-parole du cabinet. "Dans son cas, le taux d'anticorps est visiblement élevé parce qu'il a contracté le coronavirus avant de recevoir ses deux premières doses. Mais dans deux mois, ce ne sera peut-être plus le cas. On sait en effet que l'immunité des personnes ayant contracté le coronavirus baisse dans le temps. C'est d'ailleurs pourquoi une limite de six mois a été fixée pour le certificat de guérison qui donne accès au covid safe ticket. On sait que l'immunité procurée par le vaccin aussi diminue dans le temps. Et les études montrent que la troisième dose permet de relancer la réponse immunitaire. Quant à l'avis de l'OMS, rappelons que nous faisons partie du programme Covax pour distribuer des doses de vaccins dans le monde." La Belgique s'est engagée à fournir 7,3 millions de doses d'ici la fin de l'année.