L'artiste a livré dimanche soir une prestation à la hauteur des attentes.

De retour sur le devant de la scène avec un dixième album, Essenciel, porté par le succès de son titre Speed, Zazie avait décidé de poser ses valises le temps d’une journée à Ronquières. Devant un public largement acquis à sa cause, l’artiste française, chanteuse et compositrice renommée, a livré une prestation à la hauteur de toutes les espérances. Naturelle, chaleureuse et sincèrement heureuse d’avoir repris le chemin de la tournée, elle a navigué entre les titres de son dernier opus sans oublier les morceaux qui ont fait d’elle un monstre sacré de la chanson française. Nous l’avons rencontrée ce dimanche, quelques heures avant qu’elle ne monte sur scène.

Vous étiez passée par Ronquières en 2016. Vous y revoilà aujourd’hui.
Nous avions adoré y être en 2016, c’est un festival intéressant, dans un très beau cadre. Nous nous étions éclatés la dernière fois, il n’y avait pas de raison de refuser l’invitation !

C’est aussi pour vous l’occasion de revenir à la rencontre du public belge, que vous appréciez beaucoup.
Oui effectivement. L’intérêt, c’est de ne pas faire que les francofolies de Spa. On aime beaucoup l’énergie qui s’en dégage mais la Belgique ne se cantonne pas à Spa. C’est bien aussi d’aller voir ce qu’il se passe ailleurs.

Vous revenez sur le devant de la scène avec Essenciel. C’est un plaisir de reprendre la route ?
On est forcément ravi lorsque les organisateurs appellent, c’est la preuve que l’album est bien accueilli. Mais c’est surtout une joie immense de pouvoir continuer ce métier. On ne peut jamais prévoir, deviner l’accueil qui sera réservé à un album. Nous l’avons conçu avec le cœur et nous sommes heureux de la présenter. L’avantage cependant lorsque l’on a quelques années de route derrière soi, c’est que l'on peut proposer d'autres choses, pas forcément uniquement les nouvelles chansons. On reprend forcément des titres d’autres albums, car c’est une façon de remercier le public de nous avoir fait grandir, de nous permettre de continuer à faire les fous sur scène.

Comment fait-on justement, lorsque l’on a plus de 20 ans de carrière derrière soi, pour sélectionner les titres à jouer ?
Il y a des classiques et on sait que si on ne les joue pas, il y aura de la frustration. C’est le cas par exemple pour "Rue de la paix" ou "Je suis un homme." Quand un titre pourrait m’ennuyer parce qu’on l’a trop joué, on le customise. C’est tout l’intérêt du live : proposer quelque chose d’éphémère qui n’a pas d’autre support que la scène. Cela signifie aussi que l’on passe autant de temps sur une chanson que l’on n’a jamais présentée que sur les arrangements d’anciennes chansons. Ça permet d’injecter un peu d’oxygène et de ne pas ronronner sur soi-même, ce qui serait très ennuyeux !

Votre titre Speed est radicalement différent de ce à quoi l’on pouvait s’attendre. Pourquoi? C'était une nécessité de sortir des sentiers battus?
En fait, je ne sais pas vraiment. Ce n'était pas une nécessité non. Cela faisait un moment que ce titre me hantait, j’avais envie de faire quelque chose qui commençait lentement et qui se terminait rapidement. Je ne suis pas la première à le faire bien sûr, Jacques Brel y a pensé bien avant moi et les DJ travaillent énormément comme ça… Même si c’est pour eux c’est plus facile puisqu'il faut juste tourner un bouton ! (rires) De mon côté, il a fallu que je tienne bon, d’autant plus que ma maison de disque trouvait ça particulier, elle se demandait comment on allait danser dessus… Comme on peut, ai-je envie de dire ! Plus sérieusement, ça correspondait à mon envie du moment. Je pense qu’il faut continuer à prendre des risques, à sortir de sa zone de confort. Si ce n’est pas nous, qui avons 26 ans de carrière derrière nous qui le faisons, qui osera ? Et puis, finalement, ce n’est qu’une chanson, tout l’album n’est pas comme ça.

Un album baptisé Essenciel… Tout est dit ?
On peut dire ça ! Le temps passe et agit sur tout. L’idée, c’est de se désencombrer de tout ce qui est inutile, de cette pression de la société qui nous pousse à surconsommer, ce qui nous rend globalement malheureux je pense car il y aura toujours ceux qui ont et les autres, ceux qui n’ont pas accès à cela. Ça peut paraître un peu "bobo" et sonner comme un discours de privilégiés mais je pense qu’il faut revenir à des valeurs plus saines, plus humaines, et se rappeler que l’humain n’est qu’un animal comme les autres.

Dans quatre ans, vous fêterez vos 30 ans de carrière… Quelle est la recette du succès ?
Je mesure la chance que j’ai de continuer à faire ce que j’aime le plus au monde. Je ne sais pas si c’est un métier, il parait. De mon côté, tant que je reste passionnée par ce que je fais et que c’est l’enthousiasme qui me guide, je continuerai à faire de la musique. Peut-être qu’un jour, ce sera différent, que l'envie de faire de la promotion ne sera plus là ou que j’écrirai encore plus pour les autres. Je n’envisage pas ma carrière en fait : je fais de la musique et je ponctue mon chemin d’albums et de scènes. C’est tout.

Aujourd'hui, vous fédérez toutes les générations ou presque. C'est quelque chose d'assez fou, pour vous ?
Je pense que certains m’écoutent parce que leurs parents le faisaient et que je suis un peu associée à leur enfance mais c'est au public, aux jeunes et moins jeunes qu'il faudrait poser la question. Ma participation à The Voice et la surmédiatisation que tout cela a entraîné a aussi sûrement permis à certains de me connaitre. Honnêtement, je n’ai pas besoin de ce genre d’émission. C’est la production qui est venue vers moi. J’ai refusé à plusieurs reprises avant d’accepter, parce que je m’étais rendu compte que les talents étaient bien considérés, et que quelque chose de bon pouvait en ressortir, pas seulement pour le gagnant. The Voice peut être un vrai tremplin, même si heureusement, ce n'est pas la seule solution !

C’est important pour vous de pouvoir transmettre votre passion à ces artistes en devenir ?
On ne transmet pas comme un boulanger le ferait avec un apprenti. Il n’y a pas de recette pour faire un tube, ce n’est d'ailleurs pas l’artiste qui en décide. Mais il y a des fondamentaux que l’on peut répéter : dire à un interprète que s’il fait juste attention à sa voix, sans ressentir ce qu’il chante et sans faire passer d'émotions, ça ne fonctionnera pas, insister sur la nécessité de soigner ses textes et de prendre de la distance face à la médiatisation, à la pression qui entoure parfois le métier.

Vous serez sur les routes jusqu’en juillet 2020. D’autre projets seront menés en parallèle ?
On travaillera doucement, on tentera peut-être d’écrire un peu quand on ne sera pas trop fatigués. Mais la tournée, c’est vraiment l’actualité du moment. C’est primordial pour moi d’aller à la rencontre du public. Les chiffres de vente en bas d’une page, c’est une chose, ça rend mon banquier heureux. Mais ce n’est pas suffisant : je veux être en contact avec les gens, leur proposer un live, partager avec eux,… Être dans la vraie vie, en fait.


Que ceux qui auraient raté le passage de Zazie à Ronquières ce dimanche se rassurent : l’artiste sera encore en Belgique dans les prochains mois : les 29 et 30 janvier 2020 au Cirque Royal de Bruxelles, au théâtre Royal de Mons le 10 février 2020 et au Forum de Liège les 11 et 12 février.