En octobre 2021, 41 organisations ont participé à un dénombrement "sans-abrisme et absence de chez soi" à travers plusieurs villes belges. On compte 1.159 personnes sans-abri sur le territoire de Charleroi, dont 200 enfants ! "C'est un problème sérieux qui risque de s'aggraver, avec la hausse des prix de l'immobilier et de l'énergie, l'inflation continue et la guerre en Ukraine", souligne Caroline Georges, de la fondation Roi Baudouin qui a soutenu les chercheurs de l'UCLouvain et de la KULeuven. "Plus que jamais, il faut mettre sur pied des politiques pour soutenir les gens dans la situation, en évitant aux autres de la vivre également."

Pour Martin Wagener, du CIRTES UCLouvain, "les chiffres obtenus sont supérieurs à ceux estimés, à Charleroi on a par exemple été étonnés du nombre de personnes qui vivent dans des logements non conventionnels, tels que des garages, des tentes ou des squats. Il faut casser le stéréotype du SDF avec sa couverture en rue, c'est bien plus large que cela."

Parmi ces 1.159 personnes, la plupart vivent chez des parents ou des amis, dans un lieu non conventionnel ou en foyer d'hébergement. Et 62 adultes (6,5%) vivent dans la rue, parfois accompagnés d'enfants: on compte 5 jeunes de moins de 18 ans sans "chez-eux". Un peu moins du tiers des sans-abri sont des femmes.

Niveau âges, on voit que près de 20% d'entre eux sont des jeunes de moins 26 ans, "souvent suite à un conflit avec leurs parents, qui restent cependant moins longtemps sans logement que les autres catégories d'âge" d'après le chercheur louvaniste. Un peu moins de 15% ont plus de 50 ans, tandis que la grande majorité ont entre 30 et 50 ans. 

Une personne sur trois (31,7%) qui vit la rue souffre de problèmes d'assuétudes. C'est plus que la proportion de gens qui se déclarent "sans problème de santé" (26%). 

Pour casser les stéréotypes, le dénombrement s'intéresse aussi aux rentrées financières des personnes sans-abri. Si 13% des gens n'ont aucuns revenus, 79% ont une allocation ou un revenu de remplacement, et on remarque même que 2% travaillent!

Près de 22% des personnes touchées par le sans-abrisme sont passées par la prison, 10% par la psychiatrie. On note d'ailleurs que 59 personnes interrogées auraient pu sortir des institutions plus tôt si elles avaient eu un abri... Enfin, en octobre, 20 personnes étaient menacées d'expulsion (avec 10 enfants) et risquaient de se retrouver en rue.

"S'il y a une proportion importante de gens qui vivent dans des squats ou des tentes, on estime cependant que ce sont pour beaucoup ceux qui préfèrent la débrouille, ce qu'on peut considérer comme une compétence, qui permet de s'accrocher, de tenir bon, de continuer", tempère cependant Laurence Przylucki, présidente du relais social de Charleroi. "Ca ne doit bien sûr pas nous empêcher de faciliter l'accès aux aides. Des espaces où la consommation est tolérée, par exemple, permettraient d'encadrer les assuétudes et mener ces gens vers le soin dont ils ont besoin. À Charleroi, on se questionne aussi beaucoup, depuis plusieurs années, sur la place des femmes dans nos dispositifs d'accueil. On réfléchit à des lieux qui leur seraient réservés, rien qu'à elles." 

© Fondation Roi Baudouin
© Fondation Roi Baudouin