Charleroi: dans les pas des chansonniers de rue

Un ouvrage richement documenté et une exposition sur un art oublié.

D.A.
Dans les pas des chansonniers de rue
©ALBIN

Un ouvrage richement documenté et une exposition sur un art oublié.

Les marchands de chansons, c’étaient les troubadours de la classe populaire : ils se produisaient en rue et sur les marchés, passaient à la moulinette tous les événements de la vie ordinaire, réglaient leurs comptes à coups de traits d’un humour souvent incisif.

Trois auteurs se sont attachés à rendre hommage à leur talent. Dans L’Orchestre des cou rants d’air, paru aux éditions de l’Université ouverte, Francis Groff, Thierry Legros et Willy Pourcel revisitent cette page méconnue de l’histoire locale de la variété, avec de savoureuses anecdotes.

Celles-ci courent du début du XIXe siècle jusqu’à la première moitié du XXe. En rue et sur les marchés, des feuilles de chansons étaient vendues pour quelques sous. Leurs interprètes gagnaient ainsi leur vie, car à l’époque la mendicité était interdite : amuseurs ou philosophes, ils caricaturaient ou célébraient les passions de la vie humaine ou les événements de l’actualité, de l’augmentation du prix du pain à la politique en passant par les guerres, les crimes, les drames ou les petites choses du quotidien…

Au travers d’une riche collection privée de plus de mille de ces feuilles de chansons patiemment constituée par Thierry Legros, les auteurs dépeignent une culture oubliée : ces fous chantant ont fait rire, ont ému aux larmes, bousculé, provoqué, étonné leurs contemporains aux quatre coins de la Belgique.

Si l’ouvrage s’intéresse à cet art en Wallonie et à Bruxelles, il porte un regard plus particulier sur ce qu’il fut à Charleroi. Ces feuilles de chansons constituent un formidable témoignage. Comme l’explique Francis Groff, elles se sont multipliées avec l’essor de l’imprimerie. En effet, toute une microéconomie s’est développée autour de leur production avec des revenus pour les chansonniers, les éditeurs, les auteurs, les imprimeurs.

Dans le cadre de la sortie du livre, vendu au prix de 16 euros, la bibliothèque de l’UT accueille une exposition de ce 21 mars jusqu’au 20 avril, dans le grand hall : des panneaux illustrés, des pièces originales, des photos sont présentés, la plupart des documents datant du début du XXe siècle (entrée gratuite).

Un univers attachant qui a vu émerger des vedettes comme Mimile Tignasse ou Maxime, mais aussi et surtout Pharaon (NdlR : son vrai prénom !) Stoquart, auteur de "La danse du Spirou" qui a inspiré plus tard celle des canards et s’est exportée jusqu’aux États-Unis.


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