Elle aurait "inventé" des viols pour ne pas retourner vivre chez son père

"Quand il existe un doute raisonnable, je dois plaider en ce sens", a souligné le ministère public au tribunal correctionnel de Charleroi. La petite Emeline, mineure, a pourtant dénoncé des faits gravissimes, et son tuteur Me Charles a plaidé pour que le tribunal la croie.

Elle aurait "inventé" des viols pour ne pas retourner vivre chez son père
©D.R.

Il y a des procès qui peuvent vous donner la nausée. "Je devais me mettre toute nue et il me touchait la pêche", "Je devais secouer son zizi très fort jusqu'à ce que le lait sorte", "Il a essayé de me pénétrer et ça m'a fait mal", "Quand je ne voulais pas, il me regardait avec des gros yeux méchants et j'avais peur", "Il me disait: déshabille-toi, et j'étais obligée" : ce sont des paroles qu'a tenue Emeline* à propos des abus qu'elle dit avoir subi durant quatre ans, entre 2010 et 2014. "Il", c'est son papa, Cédric. Elle avait 10 ans lors des faits.

C'est son tuteur ad-hoc Me Charles, désigné par la justice, qui a rapporté son témoignage au tribunal correctionnel. Et il ajoute: "dans son journal secret, qu'elle gardait caché, elle a écrit: Je ne veux pas qu'il fasse ce qu'il m'a fait à d'autres filles".

Sauf qu'autant du côté du papa que du Ministère public, on remet la parole d'Emeline en cause. "Je sais bien que je n'ai pas été un père modèle, mais je n'ai jamais touché ma fille", explique Cédric aux juges face à lui. Un euphémisme, puisque ce sont des policiers qui ont dû sortir la gamine d'un appartement de Charleroi où elle vivait avec son père. Enfin, "avec"... Elle était seule et livrée à elle-même. Mais Emeline vit maintenant avec sa tante, et se porte bien. "C'est le décès de la maman qui a déclenché une profonde dépression chez mon client", explique Me Brocca, demandant un acquittement pour le paternel. "Il a sombré dans la cocaïne, le cannabis et l'alcool. Il a laissé tomber sa fille au lieu de l'aider, mais il regrette. Je précise: il regrette cet abandon, pas les attouchements... qu'il nie totalement."

Le Ministère public a aussi plaidé une extinction des poursuites: "Quand il existe un doute raisonnable, je dois plaider en ce sens. Et dans ce dossier, il y a des éléments qui me gênent", détaille-t-il. "La jeune fille a expliqué ce qu'elle avait vécu lors d'un entretien avec une psychologue. Mais c'est elle qui lui a demandé: est-ce que tu te sens mal à cause de ton papa? Est-ce qu'il t'a touché à des endroits interdits? Il y a des méthodes pour parler à des enfants, ici c'est la psychologue qui lui suggère des réponses, avec un biais possible. Il faut aussi voir le contexte familial: quand Emeline explique tout cela, elle pense qu'elle risque de retourner vivre chez son père alors qu'elle est bien mieux chez sa tante. Et une fois que la plainte a été déposée, elle n'a jamais donné suite aux visites chez le gynécologue ou à l'expertise de crédibilité demandées, comme si maintenant que son père était poursuivi elle ne risquait plus de devoir y retourner. Enfin, et même si ce test n'est pas totalement crédible, il y a un polygraphe subi par le père qui accrédite ses propos de n'avoir jamais eu de comportements sexuellement déplacés avec sa fille. J'estime que la culpabilité n'est pas prouvée au-delà du doute raisonnable."

Le tuteur est intervenu à nouveau en fin d'audience pour signaler que "même si ça n'a pas de poids, quand le procureur vous dit qu'il n'est pas sûr de la culpabilité, moi je le suis. J'ai eu cette fille au téléphone. Je suis sûr qu'elle dit la vérité." Jugement le 5 octobre.

* Le prénom a été changé.

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