Charleroi: la placerelle du Quai 10 renommée "Alice Guy"

Alice Guy, c’est la première réalisatrice de l’histoire. Un lieu public lui est dédié.

Du surcollage sauvage en 2015 à une inauguration en bonne et due forme en 2022 : les militantes du secteur associatif de Charleroi ont assurément pris de la bouteille en quelques années, démontrant s’il le fallait que leur combat était juste dès le départ. CharlieQueen, qui questionne la place des femmes dans l’espace public notamment par les noms de rue (en 2018, 2 % des rues portaient un nom de femme, contre 19 % des noms d’hommes), a inauguré vendredi la Placerelle Alice Guy à Charleroi, avec l’échevine de l’Égalité des chances Alicia Monard et du Patrimoine Thomas Parmentier.

Cette passerelle faisant la taille d’une petite place posée sur la Sambre - d’où "placerelle" - porte désormais le nom de la première réalisatrice de cinéma, face au cinéma Quai 10. Alice Guy a signé la réalisation de La Fée aux choux en 1896 aux Studios Gaumont. On considère parfois qu’il s’agit aussi de la première fiction cinématographique de l’histoire. Cette femme a ensuite fondé son propre studio, elle est d’ailleurs aussi à l’origine du concept de "Making of". Elle est aussi légitime dans le milieu du 7e art que les Frères Lumière. Qui la connaissait ?

Charleroi: la placerelle du Quai 10 renommée "Alice Guy"
©van Kasteel

"C'est toute la difficulté", note la militante carolo Margaux Joachim. "C'est pourquoi on a lancé "Mais où sont les femmes ?" en 2018 après un an de recherches d'archives. Beaucoup de femmes ont été oubliées de l'histoire. Et en 2022, cette placerelle marque l'ouverture des Journées du Matrimoine, qui existent déjà à Bruxelles depuis quelques années et à Paris depuis encore plus longtemps. Et je précise, Matrimoine est un mot qui existe depuis le moyen âge… mais il a été effacé par l'Académie française." Donner de la visibilité aux femmes dans l'espace public, c'est finalement régler une inégalité, une anomalie de l'histoire. "Nous lançons d'ailleurs avec les archives de Charleroi un grand appel aux archives privées. Si vous avez des documents qui parlent de femmes ou de groupes de femmes qui ont une importance historique, prenez contact avec la Ville de Charleroi. Nous cherchons des noms pour les utiliser dans l'espace public", ajoute-t-elle.

Au prochain conseil communal, outre Alice Guy, il sera proposé de renommer "Hanna Voos" (danceuse belge) la place derrière Charleroi Danse, "Frida Kahlo" (peintresse mexicaine) l'espace vert de la rue de France, "Marthe Wéry" (peintresse belge) la place du quartier du Triangle avec l'immense fresque de l'homme à chapeau, et enfin "Simone de Beauvoir" le petit passage rue Bief du Moulin, aujourd'hui baptisé Passage de la Bourse, comme la galerie du même nom à quelques mètres de là. "La règle pour les noms de rue, c'est que la personne doit être décédée depuis plus de 50 ans. On a peu de noms de femmes qui entrent dans la catégorie. Mais la règle est simple. Donc on renommera des places, placerelles ou lieux publics qui n'ont pas ces restrictions", assène Alicia Monard. "Il faut faire tout ce qu'on peut pour remettre les femmes dans l'espace public !"

Charleroi: la placerelle du Quai 10 renommée "Alice Guy"
©van Kasteel

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