"Ryanair must change": le cri du cœur du personnel de cabine exploité par la compagnie aérienne

En grève, le personnel de cabine basé en Belgique a des revendications claires : “pour se faire entendre, pas d’autre choix que la grève en période chargée, mais on n’a pas souhaité faire grève avant Noël pour ne pas empêcher les réunions de famille.”

Depuis ce vendredi matin, le personnel de cabine basé en Belgique pour la compagnie aérienne low-cost Ryanair est en grève. L’aéroport de Charleroi est impacté, on parle de 19 000 passagers dont le vol a été supprimé.

Sur place, dès l’aurore, les messages d’annulation étaient visiblement bien passés auprès des passagers : aucun avion ne comprenant du personnel de cabine basé en Belgique ne décolle – ceux basés à l’étranger étaient par contre au poste et plusieurs vols Ryanair ont d’ailleurs décollé. Loin des scènes de chaos à Brussels South Charleroi Airport d’octobre dernier, quand le personnel de sécurité Security Masters avait débrayé, l’aéroport était calme. “Tout se déroule très bien depuis tôt ce matin”, confient des policiers sur place. “Presque un jour comme un autre”, pour ces bagagistes croisés durant leur pause.

”Je dois avouer que je suis soulagée, j’avais peur que mon vol soit annulé malgré l’absence d’annonce. J’ai checké jusqu’à tard jeudi soir avant de venir. Je suis bien contente de pouvoir partir à Rome”, témoigne Marina, sur place. Son vol n’est pas sur la liste des 28 annulés ce vendredi.

Grève du personnel de cabine Ryanair: à l'aéroport de Charleroi, tout est calme

Le personnel de cabine, accompagné de la CNE, était présent dans le Terminal 1. Arborant des t-shirts “Ryanair Must Change”, ils portent haut et fort leurs revendications. “Nous savons bien qu’il y a des passagers déçus, même si on reçoit aussi du soutien. On a voulu attendre après Noël pour ne pas empêcher les réunions de famille, mais il faut qu’on fasse grève à un moment important pour Ryanair, c’est le seul moyen de se faire entendre”, explique une employée. Personne ne parle français, dans l’équipe. Ils et elles sont basées en Belgique, mais viennent du Portugal, de Grèce, ou d’ailleurs. “Le problème, c’est que ce sont des gens qui travaillent à partir de la base Ryanair de Charleroi, en Belgique, mais leur employeur ne respecte pas la législation belge”, s’énerve Didier Lebbe, secrétaire permanent CNE, qui porte les mêmes revendications depuis 2018 sans changement notable. “Quand on bloque tout, on voit que ça bouge… un tout petit peu”, confie une autre hôtesse de l’air.

Selon le représentant syndical CNE, Ryanair ne respecte aucune règle. “Ce qui pose un vrai problème pour tout le secteur aérien européen : pour rester compétitifs, ils doivent s’aligner sur Ryanair. Impossible, puisque la compagnie ne respecte pas la loi. Il est plus que temps que la Belgique se bouge, que l’Europe légifère. Il y a plein de dossiers ouverts devant divers tribunaux, mais rien n’avance. On est aux limites de la dérégulation ici”, dit Didier Lebbe. Salaire minimum non respecté, déclarations fausses ou incomplètes à la Sécurité Sociale belge (problématique pour la retraite, en cas de maladie, etc.), personnel déplacé dans des bases partout dans le monde “comme des pions de Monopoly”. Et les conditions de travail, aussi, qui ne respectent pas la législation. “Quand on travaille la nuit, le dimanche, un jour férié… on n’est pas davantage payé qu’un autre jour”, détaille une hôtesse. “Le 24 décembre, la veille de Noël, je n’étais pas avec ma famille : j’étais dans un avion vide durant cinq heures, pour aller chercher des passagers à Ténérife. Ces heures ne sont pas payées, parce que d’après Ryanair, “ce n’est pas un vol”, c’est juste “se rendre à son travail”.” Une autre, qui précise malgré tout adorer son métier, ajoute : “Et nos demandes pour passer à temps partiel, même quand c’est pour raison de maternité, ne sont pas toujours respectées. Moi, ça fait 4 mois que je demande un temps partiel, on me le refuse. Et si je râle, on ne me met pas sur certains vols, donc je gagne moins, ou bien on me dit qu’on ne va tout de même pas récompenser une employée qui ne vend pas assez de boissons ou de snacks aux passagers durant tel ou tel vol. C’est toujours comme ça que ça marche, ils ont un pouvoir d’intimidation sur leurs travailleurs assez incroyable.”

Grève du personnel de cabine basé en Belgique, chez Ryanair. Les travailleurs se sont réunis dans le Terminal 1 avec des t-shirts portant la mention "Ryanair Must Change". Ils veulent simplement que la législation belge sur le travail et leur statut social soit respecté.
Grève du personnel de cabine basé en Belgique, chez Ryanair. Les travailleurs se sont réunis dans le Terminal 1 avec des t-shirts portant la mention "Ryanair Must Change". Ils veulent simplement que la législation belge sur le travail et leur statut social soit respecté. ©VAN KASTEEL

Les revendications sont les suivantes : respecter la législation sur le salaire minimum et déclarer correctement les travailleurs à la sécurité sociale, créer un département RH en Belgique (”plutôt qu’envoyer les travailleurs ici et les laisser se débrouiller pour se loger, pour effectuer les démarches administratives, etc.”) et donner des informations claires et précises sur la base de Ryanair à Bruxelles (”qu’elle soit définitivement annulée ou qu’elle reprenne un jour, il nous faut des informations : des dizaines de travailleurs sont totalement incertains quant à leur avenir”).

La grève se poursuivra les prochains jours: le 31 décembre, 1er, 7 et 8 janvier.

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