Voici pourquoi Nicolas Tzanetatos, Jean-Noël Gillard et Nicolas Kramvoussanos n’ont pas voté la motion “Charleroi, ville antifasciste”

Les conseillers se sont abstenus dans cette motion, votée lundi soir au conseil communal par PS, Ecolo, C +, MR et PTB. Personne ne s’y est opposé.

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©ALBIN

Charleroi se déclare “ville antifasciste”. Le texte de la motion adopté lundi soir au conseil communal de Charleroi vise à empêcher “par tous les moyens légaux” la diffusion de propos haineux, racistes, sexistes ou xénophobes, à surveiller les événements ouvertement fascistes, à soutenir et promouvoir la coalition antifasciste de Charleroi (CAC), à impliquer la jeunesse carolo et la sensibiliser aux dangers de l’extrême droite, ainsi qu’à former les policiers et fonctionnaires à l’ouverture et l’égalité.

Pourtant, la motion n’a pas remporté l’unanimité espérée. Nicolas Tzanetatos (MR), Jean-Noël Gillard (Défi) et Nicolas Kramvoussanos (indépendant) se sont abstenus.

Charleroi, ville antifasciste : “la vigilance des syndicats, des associations et des partis politiques contre la montée de l’extrême droite”

Pour Nicolas Tzanetatos, “la lutte contre le fascisme est un combat que nous partageons en tant que libéraux”. Son groupe a d’ailleurs validé la motion. Mais lui s’est abstenu parce qu’il a déposé un amendement – qui n’a pas été accepté par les autres groupes politiques – visant à supprimer le soutien de Charleroi à la création d’un jour férié le 8 mai, jour de capitulation du nazisme. “Cette lutte est un combat de tous les jours, surtout dans une région comme la nôtre : c’est souvent la détresse économique, financière et dès lors sociale qui crée un terreau idéal au développement de ces sombres valeurs. Mais à mon sens, ce combat ne nécessite pas un jour férié. Pas parce qu’il ne le mérite pas, mais parce que ça créerait une hiérarchie dans les combats à mener. Le 4 février est le jour de la lutte contre le cancer. Le 8 mars la journée internationale des droits des femmes. C’est important mais nous n’avons pas créé de jour férié. Nos valeurs se défendent au quotidien, rajouter un jour férié alors qu’il faut au contraire que plus de gens dans notre commune soient mis au travail n’est pas bon pour l’économie.”

Pour Jean-Noël Gillard, c’est une autre question. “J’ai des réserves sur la motion telle qu’elle est présentée, et elles l’emportent sur ma conviction. Le texte reprend des dispositifs qui sont déjà existants : nous combattons déjà le fascisme à Charleroi, par tous les moyens légaux qui sont disponibles. Le bourgmestre prend déjà des arrêtés. Et une autorité publique n’a pas le pouvoir d’interdire des réunions privées dans des lieux privés… De plus, je regrette que la coalition antifasciste de Charleroi donne l’impression d’être un club fermé : je m’interroge sur l’absence de représentants des établissements scolaires, des pouvoirs organisateurs qui sont certainement les premiers concernés par la sensibilisation à la jeunesse. La police n’a été intégrée que sur base d’un avis du chef de corps, alors que les policiers ont un rôle majeur dans le respect de nos libertés, la noblesse de leur fonction n’est pas totalement reprise dans la motion. La lutte contre la peste brune, à mon sens, va nécessiter de fédérer bien davantage que ce que la motion veut proposer ici.”

Nicolas Kramvoussanos, enfin, estime que la motion ne va pas assez loin. “Nous sommes dans un petit pays. En faisant une centaine de kilomètres, il y a des partis racistes, xénophobes, antiwallons et antieuropéens. Et le PS, le MR et les Ecolo sont au fédéral et votent des donations pour ces partis. 11 millions d’euros vont à la NVA, 8 millions d’euros au Vlaams Belang alors que c’est un parti dangereux… et qu’aux prochaines élections, il sera encore présent. Je ne suis pas contre la motion, mais j’aimerais qu’on soit courageux. Qu’on interdise les fascistes, racistes et néonazis – sous couverture – sur nos listes démocratiques. Je sais que la loi ne le permet pas aujourd’hui, mais sans cela je ne peux pas m’engager là-dedans.”

En réplique, Paul Magnette (PS), bourgmestre de Charleroi, a répondu. “Ce texte ne propose que des choses qui se font déjà ? Oui, en partie. Nous les formalisons ici, et je pense que c’est important. Mais on va aussi plus loin : il faut prendre “toutes les mesures”, c’est bien écrit, pour empêcher la diffusion des propos qui concourent à la haine. Mais c’est difficile, pour des raisons juridiques. Parce que toute la difficulté, c’est que ces événements se tiennent dans des lieux privés, or l’essence du fascisme c’est de ne pas respecter le droit et les procédures, c’est de faire semblant, de violer l’état de droit. Quand on est antifasciste, on se doit d’être plus scrupuleux que qui que ce soit dans le respect du droit et des procédures. Beaucoup de nos concitoyens sont ici parce que leurs parents ont été victimes du non-respect du droit ou de pseudo-procès. Nous devons donc être exemplaires. Et ici, nous disons que l’autorité administration doit prendre un arrêté motivé pour autoriser ou interdire un événement : il n’y aura plus cette situation de tolérance, cette zone grise, qui existait avant. On prendra à chaque fois une décision, et on fera tout pour interdire… mais dans le respect du droit et des procédures. Parce que c’est en respectant le droit, en ce compris contre ceux qui le violent, que la démocratie s’honore.”

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