C'est la gorge serrée que Paul Magnette, le bourgmestre de Charleroi, a pris la parole ce vendredi matin aux côtés des parents de Julie et Mélissa, Gino Russo, Jean-Denis Lejeune et Louisa Albert. Il a annoncé la création d'un jardin mémoriel à Marcinelle, sur l'ancienne maison de Marc Dutroux, là où sont mortes Julie et Mélissa, où ont été séquestrées An et Eefje et d'où ont été sorties - vivantes - Sabinne et Laetitia le 15 août 1996. On est 25 ans après.

"C'est l'aboutissement d'un long travail mené avec les parents", a expliqué Paul Magnette. "La question s'est posée de ce qu'on pouvait faire sur place, quelque chose de pérenne plutôt que l'aménagement temporaire, dans l'urgence, fait à l'époque." La grande fresque représentant un enfant, jouant avec un cerf-volant, qui cache la façade de l'ex maison de Dutroux est aujourd'hui devenue un symbole pour beaucoup de gens. 

© OLIVIER PAPEGNIES / COLLECTIF HUMA

Cette fresque restera, mais elle sera intégrée dans l'ensemble du nouveau projet : un jardin mémoriel, surélevé de deux mètres, avec des fleurs, arbres et arbustes qui fleurissent toute l'année, encadré par deux pignons blancs, "blanc comme la pureté, comme un lien entre nous et les petites". Et sur l'un des pignon, une nouvelle fresque, inspirée de celle qui couvre pour l'instant la façade de la maison. Un "jardin entre terre et ciel", comme l'ont appelé les parents de Julie et Mélissa. "Ce nom semble appelé à rester", a noté Paul Magnette. Le mémorial prendra plus de place que le seul numéro 128, qui était une "simple" maison de rangée, puisqu'il couvrira tout un coin du quartier, entre la rue des Damezelles et l'avenue de Philippeville. 

© Asymetrie

Un arbre sera présent à côté, avec un banc et un espace de mémoire où laisser des fleurs ou des mots. À côté, un lampadaire, le seul du quartier, sera rénové: "il sera retourné côté jardin, pour éclairer le mémorial", souligne Georgios Maillis, bouwmeester de Charleroi. "L'idée, à terme, c'est aussi de revoir les murs du chemin de fer juste en face de la maison, avec des nouveaux trottoirs, de nouvelles voiries, et une séparation végétalisée avec les rails." 

Si le projet a mis si longtemps à apparaître, c'est qu'il y a plusieurs facteurs à prendre en compte. Déjà, Gino, Carine, Jean-Denis et Louisa, les parents de Julie et Mélissa, souhaitaient au départ garder la maison intacte, pour la transformer en lieu de mémoire. La ville de Charleroi, elle, voulait abattre pour y ériger un monument plus lumineux. Finalement, après de nombreux échanges, des réflexions, l'idée d'un mémorial fleuri, sous forme de jardin, est née. Il a encore fallu un an et demi pour discuter des détails, consulter, réfléchir encore. Les parents ont insisté pour que les sous-sols, notamment la citerne d'eau transformée en prison, soient accessible. Un défi technique pour le projet, mais qui devrait permettre d'aller poursuivre les fouilles un jour, si la justice en arrive là. 

En parallèle, la Ville de Charleroi a acheté la maison de Dutroux, 23.000€ qui sont allés payer une partie des frais de justice des victimes, elle a racheté ensuite les maisons voisines, jusqu'au coin de la rue, parfois en devant passer par l'expropriation. "Il n'est pas utile de parler d'argent, on a les moyens, points", a répondu Paul Magnette à un journaliste, qui demandait combien tout cela allait coûter. "C'est un financement communal, on va payer ce qu'il faut, ce n'est pas un débat."

D'ici fin 2023, le mémorial devrait être fini d'après le bourgmestre. La demande de permis partira la semaine prochaine. Tous les détails ne sont pas encore inscrits dans le marbre: les parents, impliqués depuis le début dans l'avenir de la maison de Dutroux, songent encore à peut-être garder quelques pierres, Gino Russo de son côté aimerait ajouter un coin d'ombre au jardin, pour rappeler que l'histoire, au niveau juridique, comporte encore de nombreux points d'ombre. Et il y a aussi cette volonté de lier devoir de mémoire et côté pédagogique, pour que de pareilles horreurs n'arrivent plus jamais. 

© van Kasteel