La patronne du Jap’s est poursuivie pour tenue d’une maison de débauche et blanchiment

CHARLEROI Si Mireille est devenue tenancière de lupanar, ce n’est pas par vocation. Lorsque son mari est tombé gravement malade, cette ex-restauratrice a tenu à rester à son chevet. La sexagénaire a donc ouvert le Jap’s pub , un bar à filles installé sur le faubourg de Bruxelles, à Gosselies. Et c’est pour avoir tenu cette maison de débauche durant plusieurs années qu’elle est poursuivie devant le tribunal correctionnel de Charleroi.

Incitation à la débauche, exploitation de la prostitution et blanchiment d’argent sont les préventions qui sont venues s’ajouter à la citation. Mireille reconnaît avoir joué les “mères maquerelles”, ou plutôt, d’avoir veillé sur ses filles, s’occupant d’elles comme une grand-mère, tandis qu’elles enchaînaient les passes.

Pas de contrainte, pas de menaces chez Mireille : le parquet le reconnaît, mais poursuit sur base de la loi belge qui interdit la tenue d’une maison de débauche. Le problème, c’est qu’à Charleroi, le règlement communal “tolère” les établissements qui préexistaient à son élaboration, dont le Jap’s pub . La prévenue a donc invoqué l’erreur invincible, expliquant qu’on lui avait toujours autorisé à pratiquer le commerce de la chair.

“Faux”, rétorque la substitute Gabriel. “Lors des sept contrôles policiers, on lui a rappelé que c’était interdit.” Mais au-delà de l’année de prison avec sursis que réclamé le parquet, c’est le montant mirifique des confiscations requises qui inquiète la défense : 650.000 €, ça fait tout de même une solide somme.

Certes, Mireille a reconnu avoir jonglé avec deux terminaux bancaires, dont un n’était pas déclaré, ce qui lui vaut d’ailleurs des ennuis avec le fisc. Mais elle dément avoir blanchi ses revenus, notamment en achetant son appartement de 213.000 € à Montigny-le-Tilleul. Pour Me Audrey Marc, la pension que touche sa cliente suffit à payer l’emprunt hypothécaire, une partie de la somme totale ayant été avancée sur fonds propres, dans tous les sens du terme.

Bref, ce que réclame la défense, c’est l’acquittement sur base de l’erreur invincible pour ce qui concerne l’exploitation du Jap’s pub et la non exécution des confiscations qui ruineraient cette dame, à l’aube de ses 70 printemps.



© La Dernière Heure 2012