Charleroi "Parrain & moi", un projet qui offre une bulle d’oxygène à des enfants de 0 à 18 ans confiés à une institution de l’Aide à la jeunesse ou qui vivent dans leur famille d’origine.


"Parrain&moi", c’est le service de parrainage initié par la Cité de l’enfance à Charleroi. Ce projet permet à des enfants confiés à une institution de l’Aide à la jeunesse ou qui vivent dans leur famille d’origine, de construire une relation épanouissante avec des adultes de référence. Le parrainage représente une bulle d’oxygène pour l’enfant.

Nous avons rencontré une famille qui parraine Tom (nom d’emprunt), un petit garçon de 7 ans placé à la Maison Lancelot du CPAS de Charleroi. C’est un service résidentiel général pour des mineurs confrontés à des difficultés familiales. C’est l’année dernière que la famille Sergent eu l’idée de parrainer un enfant. Le papa et la maman en ont parlé à leurs trois enfants avant de se lancer dans l’aventure. "On vient d’une famille nombreuse et on a toujours baigné dans le social. Ça semblait important de montrer à nos enfants l’esprit d’ouverture de notre famille. On se sentait l’énergie de faire quelque chose mais sans être famille d’accueil. On a vu ce service de parrainage et ça correspondait exactement à ce que l’on voulait faire. Ça nous permet aussi d’évoluer au sein propre de notre famille. Il y a les moments avec Tom et les moments sans lui."

Parrainer un enfant, ce n’est pas remplacer les parents. "Nous savions que ça serait difficile mais nous étions prêts à le vivre", explique la maman de parrainage. L’idée, c’est de lui offrir un lieu paisible et familier, des repères pour la suite, des activités à vivre avec des personnes extérieures, une bulle d’oxygène. Suite à la procédure qui a pris quelques mois (voir ci-dessous), la famille a signé la convention et rencontré Tom pour la première fois au mois de mai. "Ça a tout de suite bien fonctionné. Tom était bien préparé, il avait lu le livre illustré, il avait vu des photos de nous. Il était prêt." Le contact s’est réalisé facilement avec Tom malgré une petite timidité. Il s’est senti en confiance. "Il y a une magie qui opère les premières fois, puis la réalité est là. Il y a des moments où ce n’est pas facile. Il doit trouver ses repères. Ça chamboule toute une journée parfois." Mais c’est une aventure que la famille vit à fond, ils sont heureux de partager des moments avec Tom.

C’est avec des yeux remplis d’amour que les parents regardent ce petit Tom jouer. Quant aux autres enfants, ils ont chacun trouver leurs habitudes. Tom aussi d’ailleurs. La famille l’accueille un week-end sur deux à peu près. Les rendez-vous sont pris à l’avance, Tom attend avec impatience. Si un imprévu arrive, il faut qu’il puisse être prévenu. "Il sait qu’il va voir sa famille de parrainage, il pose des questions, il attend. Et quand il revient, parfois il raconte son week-end, parfois il garde des choses pour lui car c’est son moment à lui seul", explique le directeur de la Maison Lancelot, Thierry Martin.

En quelques mois, il a pris ses petites habitudes, ses repères. "À chaque fois que l’on va le chercher, il a ses habitudes, il nous raconte sa semaine dans la voiture. Puis à la maison, il reste toujours un peu seul car parfois il en a besoin donc on le laisse et ensuite on va jouer avec lui", explique Adrien, le petit frère. Sa maman continue : "Il aime bien retrouver ses affaires à la maison, il y a des choses à lui, sa couverture rouge, ses pantoufles, son lit, sa veilleuse hérisson, etc." Il a son petit rituel, ses repères pour se sentir chez lui et en confiance.

Avoir une famille de parrainage, c’est également la chance pour l’enfant de découvrir des choses à l’extérieur comme de nouvelles activités, manger un repas différent, vivre en famille et non en communauté. C’est aussi pour lui un moment qu’il vit seul, sans ses camarades, ce sont ses propres souvenirs. "Tom c’est un fin gastronome, il aime bien découvrir de nouvelles saveurs. C’est très riche pour lui et pour nous aussi", explique sa maman.

"Le projet de parrainage c’est un plus pour Tom. Il peut avoir d’autres expériences, connaître un cadre familial qu’il n’avait pas. Ça l’aide dans son évolution. Il est content d’y aller, c’est un aspect positif. Il profite de la famille de parrainage et des moments qu’il peut vivre", conclut Thierry Martin. Pour la famille, c’est profitable aussi : "Ça permet à nos enfants d’avoir un regard sur l’éducation. Quand ça se passe bien ou moins bien, on a des discussions avec eux pour connaître leur sentiment aussi. C’est très éducatif pour eux aussi. Ça les fait grandir aussi."

Une aventure qui est enrichissante pour Tom ainsi que pour la famille de parrainage.


Un service de parrainage depuis 2015

Depuis 2015, un service de parrainage existe à Charleroi. Il se situe au sein de la Cité de l’enfance, qui appartient à l’ISPPC (Intercommunale de santé publique du Pays de Charleroi).

Ce service a été créé dans le cadre de la prévention du secteur de l’Aide à la jeunesse. Suite à une réflexion autour de l’aide aux enfants de 0 à 18 ans confiés à une institution ou vivant dans leur famille d’origine. L’opération Parrain&moi veut permettre à un enfant de construire une relation épanouissante avec des adultes de référence, comme un parrain.

"Le constat que ces institutions ont fait, c’est que des enfants étaient confiés dans nos structures mais ne bénéficiaient pas assez de contacts sociaux à l’extérieur et avaient peu ou pas du tout de contact avec leurs parents. La volonté était de pouvoir créer un lien avec un adulte autre que le personnel de l’institution. Un lien stable, construit dans la durée et qui permettrait un développement psycho-socio-affectif" , explique la directrice pédagogique, Marjorie Henriet. La volonté du service de parrainage est donc de permettre à l’enfant de développer son esprit, de rencontrer d’autres jeunes, d’autres structures, de découvrir ce qu’est une famille. La volonté est qu’il puisse se développer harmonieusement.

Pour parrainer un enfant, il faut avoir plus de 25 ans et être prêt à s’engager dans la durée et la régularité. Le lien entre la famille de parrainage et l’enfant s’alimente de différentes rencontres, au maximum une fois tous les quinze jours et durant la moitié des vacances scolaires. Si ce temps de visite est dépassé, on est dans le cas de figure d’une famille d’accueil.

Quant à l’enfant parrainé, la demande peut venir de ses parents car ceux-ci sont trop absents ou parce que l’enfant en a simplement besoin. Ou alors il s’agit d’un enfant placé dans une structure d’Aide à la jeunesse : dans ce cas-là, c’est l’institution qui juge de ce besoin en collaboration avec les instances de décision. Que ce soit dans un cas ou dans l’autre, les parents de l’enfant doivent être en accord avec ce service, ils doivent y adhérer pour permettre à l’enfant de s’épanouir.


© ORLANDINO


Une longue procédure à suivre

Le contact entre l’enfant et la famille de parrainage se fait par étapes.

Parrainer un enfant en difficulté n’est pas un acte simple et à prendre à la légère. Afin de trouver la famille de parrainage idéale pour un enfant, il y a une procédure à suivre.

Pour commencer, la famille contacte le service et une première rencontre a lieu afin d’échanger les informations de base. Lors de la deuxième rencontre, tout est expliqué. Une troisième rencontre est organisée afin de mieux connaître la famille. Si celle-ci souhaite continuer, le service se rend dans sa maison pour rencontrer tous les membres et savoir comment ils vivent. Il n’est pas toujours facile pour les enfants de cette famille de comprendre ce qu’est le parrainage. Le service a pour cela créé le livre Une bulle d’oxygène pour Caramel. Grâce à cette petite histoire, l’enfant comprend plus facilement. Le livre est également destiné à l’enfant parrainé.

Parrainer un enfant n’est pas si facile et peut engendrer toutes sortes de problèmes auxquels il faudra faire face. Avant qu’elle prenne une décision définitive, la famille en est avertie. Ensuite, le service voit si elle veut continuer. Cette procédure peut prendre quatre à six semaines.

Une fois la famille trouvée, le service recherche un enfant qui a besoin d’un parrain et qui pourrait s’entendre avec elle. C’est l’institution qui sait quand un enfant est prêt à être parrainé.

Du côté de l’enfant, il faut également voir s’il est prêt à vivre cette expérience et si la famille lui convient. Cette aventure doit être constructive pour lui, il faut que ses parents l’acceptent et y adhèrent également sinon cela peut être destructeur, car l’enfant serait placé dans un conflit de loyauté. Lorsque le parrainage est prêt, une convention est signée. Les rencontres se font par étapes également afin de ne brusquer personne et qu’un sentiment de confiance s’installe petit à petit. Un accompagnement intensif est réalisé au début pour qu’après la famille soit autonome.

Le parrainage peut-être arrêté à tout moment. Parfois l’enfant retourne dans sa famille et n’a donc plus besoin de cette aide, parfois la famille de parrainage devient famille d’accueil... L’idée, c’est que cette aide dure.


25 enfants parrainés, 5 en cours

Le service de parrainage de la Cité de l’enfance possède 25 parrainages en cours. Cinq autres sont en voie de se concrétiser. Une grande majorité des enfants viennent d’une institution d’aide à la jeunesse. Pour ces enfants, avoir une famille de parrainage présente une bulle d’oxygène, un lieu à eux où passer quelques jours par mois. Les enfants qui sont dans leur famille ont également besoin de cette bulle d’air, cependant ils sont moins nombreux. 

Il a été constaté qu’au-dessus de 11 ans, il est plus difficile de trouver un parrain. D’abord car l’adolescence fait peur, les problèmes qui viennent avec également comme les fugues, etc. Les familles préfèrent un enfant qui grandira avec eux. Alors que les enfants de plus de 11 ans ont également besoin de cette famille stable, un lien harmonieux, quelqu’un sur qui compter. La famille que nous avons rencontrée nous explique pourquoi avoir souhaité un enfant de 7 ans : "Dans notre projet de parrainage, c’était plus simple d’avoir un enfant plus jeune. Nous avons déjà trois enfants, nous avons quelque chose de déjà construit, nous voulions donc que l’enfant soit plus jeune qu’eux. C’est aussi un projet familial, tout le monde doit s’y sentir à son aise."