Si le dossier examiné ce mercredi matin devant la 6e chambre du tribunal correctionnel de Charleroi est particulièrement choquant et répugnant, que dire de l'attitude de Djamel et de Sabrina lors de l'instruction d'audience ? Après onze ans de présence au sein du parquet, la substitute Dutrifoy n'en revient pas. « J'ai été choquée et abasourdie par l'instruction d'audience. Comment peut-on adopter une attitude pareille? Cette forme d'exaspération me laisse sans voix », lance la substitute visant plus précisément Sabrina.

La prévenue est la mère de la jeune Fatima (prénom d'emprunt). Durant six longues années, cette dernière a tout simplement vécu l'horreur, victime de violences sexuelles de la part de Djamel, son beau-père. En janvier dernier, la jeune femme dénonce courageusement des faits de viols et d'attentats à la pudeur dans un commissariat bruxellois, soutenue par un ami qu'elle venait de rejoindre en fuguant le domicile familial.

Des vidéos sur des cartes mémoires

Depuis ses 11 ans, Djamel la viole, deux fois par jour, dans le salon. Pendant ce temps, Sabrina monte à l'étage pour faire les lits avec les enfants, explique la jeune femme. Cette dernière se souvient très bien de son premier viol, qui a eu lieu en janvier, alors qu'elle était en 6e primaire. « Au début, elle a même cru que son beau-père la prenait dans ses bras pour lui faire un câlin », souligne le parquet.

Plusieurs de ces viols ont d'ailleurs été filmés par le prévenu, comme l'ont révélé les cartes mémoires découvertes dans le téléphone de Sabrina ou planquées dans la coque de son GSM. « Il y avait 23 vidéos de la victime dans le GSM de la maman, ainsi qu'une photo dans la carte mémoire. Trois autres cartes mémoires de caméras Gopro ont révélé l'existence de quatre vidéos montrant les abus sexuels. » Une des Gopro a été mise au-dessus de la garde-robe de la chambre de Fatima, la filmant à son insu.

Une pression policière

Ce mercredi, Djamel et Sabrina ont adopté la même attitude en niant en bloc les préventions. Pourtant, Sabrina avait préalablement reconnu la main et le sexe de son mari sur des vidéos, de même que le pyjama et les fesses de sa fille. Devant des psychologues, cette dernière avait réitéré ses propos. Mais aujourd'hui, le son de cloche est différent. « Si je ne disais pas oui, la police me menaçait de me retirer mes autres enfants, et ça je ne le veux pas. Si j'avais su ce qu'il y avait sur ces vidéos, je les aurais jetées, ça me paraît logique. »

Ce qui inquiète le parquet, c'est l'absence de remise en question dans le chef des deux prévenus. « La mère était parfaitement au courant de ce qu'il se passait sous son toit. Ce qui fait peur, c'est l'attitude du prévenu et de son épouse, qui voit un avenir avec lui dès sa sortie de prison. Bonjour la remise en question. » Des peines de 10 et 8 ans de prison sont sollicitées contre le beau-père et la mère.

Au terme d'une brève plaidoirie, les deux avocates à la défense ont plaidé un acquittement. Jugement le 12 janvier.

* Pour rappel, un numéro gratuit, le 0800 98 100, existe. Géré par SOS Viol, il offre écoute anonyme et soutien aux personnes victimes de violences sexuelles et à toutes celles et ceux concernés par la problématique.