L'accusé a d'abord raconté à la cour sa vie, sa scolarité compliquée, son contrat d'apprentissage en plomberie-zinguerie qui a pris fin à cause d'une dispute avec la femme de son patron, et ses problèmes avec l'autorité, se qualifiant lui-même de punk et d'anarchiste.

Alexandre Daunno porte des prothèses auditives depuis l'enfance. Selon lui, cet handicap l'a isolé des autres. Toutefois, selon le pédopsychiatre qui l'a suivi dans son enfance, cette surdité n'est pas à l'origine de son comportement délictueux.

A l'âge de 18 ans, l'accusé a pris son autonomie et s'est retrouvé assez rapidement dans la rue, "pour vivre libre, comme les punks".

En 1995, il est condamné pour une fausse alerte à la bombe. "C'était une connerie de jeunesse, je pensais seulement à m'amuser, à voir des concerts, à vivre au jour le jour", dit-il.

Le 28 août 1996, il commettait un vol avec violence ayant entraîné la mort. "J'ai tué mon grand-père de cœur, qui m'avait mis la main au cul", dit-il. Homophobe, l'accusé l'a frappé et l'homme est mort quelques jours plus tard. Alexandre Daunno a écopé de vingt ans de réclusion criminelle aux assises, en 1998. Selon les services de justice qui ont suivi Alexandre Daunno, l'accusé n'a pas vraiment regretté ce geste. Il a purgé 19 ans de sa peine.

Durant son incarcération, le 10 août 2002, il a tenté de tuer un codétenu, Frédéric, en l'égorgeant avec une lame de cutter dans sa cellule. "J'ai entendu dire qu'il voulait me faire la peau. Comme il avait coupé la tête d'un homme avec une hache, j'ai eu peur."

Lors de l'enquête, il a déclaré avoir voulu sacrifier son codétenu pour le dieu nordique Odin. Ensuite, il dit avoir voulu repousser la date de sa libération. Aujourd'hui, il déclare qu'il y avait un mélange de tout dans sa tête. "Il m'avait menacé, je n'étais forcément pas très bien", dit-il. Lors de la procédure, il a été interné. Il avoue s'être fait passer pour fou.

Le 5 janvier 2015, l'accusé était placé sous surveillance électronique, durant neuf mois, chez sa maman. Il a ensuite habité Gosselies, près de chez Liliane "qui était quelqu'un de bien". Il lui apportait parfois à manger, mais il ne rentrait pas chez elle. Parfois, ils fumaient ensemble sur le palier.

En mai, l'accusé a rencontré une mère de famille célibataire, sous la mutuelle. Il dit que cela se passait bien entre eux mais, pour pouvoir bénéficier davantage des allocations sociales, il a eu une adresse fictive.

En 2017, il est devenu accro à la cocaïne, tout en continuant à fumer des joints. Il consommait de la drogue "pour décompresser". Il dit que la vie avait beaucoup changé depuis sa sortie de prison, qu'il y avait une fracture entre lui et ceux qui n'ont pas connu le milieu carcéral. "Après la prison, j'avais plein de rêves, réussir ce que j'avais raté avant. Je n'osais pas dire que je n'étais pas bien."

Tatoueur et ouvrier polyvalent dans la construction, l'accusé a travaillé au noir durant cette période. Il comptait acheter un scooter pour pouvoir se rendre au travail. Il en avait trouvé deux sur Internet et il avait porté son choix sur un scooter vendu à Tournai. Toutefois, l'un de ses amis lui a déconseillé cet achat.

Alexandre Daunno a passé une partie de la soirée précédant le crime chez cet ami, il dit avoir consommé un joint. "J'étais contrarié, il fallait que je trouve une solution", dit l'accusé qui est parti au cours de la nuit, "avec le cerveau retourné" comme il l'a déclaré devant le juge d'instruction.

Il a consommé de la cocaïne, "pour décompresser" une fois de plus, il est parti à la place du Marché-aux-herbes à Mons "car je voulais du bruit". Il a bu, acheté et consommé de la drogue, et il a décidé de rentrer vers Charleroi, en voiture. Il s'est rendu à Gosselies pour aller en discothèque mais celle-ci fermait ses portes.

Il s'est promené dans Gosselies, tout en consommant de la cocaïne, puis à Charleroi, où il a acheté de la drogue. Il est revenu à Gosselies, complètement défoncé, et s'est rendu chez son oncle qui habitait dans le même immeuble que Liliane, au rez-de-chaussée. "Je fumais sur les escaliers, Liliane est passée, je l'ai saluée. Et puis, je me suis retrouvé, couteau à la main, devant Liliane qui était morte. J'étais choqué". Il ignore combien de temps s'est écoulé mais plein de choses lui sont passées par la tête.

L'accusé a des flashs sur les faits. Ainsi, il se souvient d'avoir mis la main gauche sur la bouche de la victime et de l'avoir frappée. Il s'est saisi d'un couteau placé sur une table et il a tué la vieille dame, en la frappant au niveau du cou, sectionnant des vaisseaux sanguins importants. Il ignore pourquoi il a massacré cette femme mais se souvient d'avoir cherché un essuie pour frotter ses mains.

Quelques heures plus tard il s'est présenté, les vêtements couverts du sang de la victime, chez sa compagne. En fin d'après-midi, il débarquait dans un poste de police du Borinage pour avouer son crime et présentait l'arme ensanglantée.

Bien qu'il dise bien se sentir en prison, il ne pense pas avoir tué Liliane pour retourner en prison, alors que les circonstances sont similaires à celles du crime commis en 1996. Il n'envisage aucun autre avenir que la prison.