Excisée quand elle était enfant, puis mariée de force à un homme plus vieux qu’elle qui l’a frappée et torturée, Aminata Bah a un jour décidé de fuir la Guinée Conakry. Son diplôme de Sciences Sociales en poche, elle a pris quelques affaires et a tout quitté. "Je me suis retrouvée en Belgique, un peu par hasard, toute seule et sans connaître personne", nous explique l’exilée de 27 ans. "Je suis arrivée le 1er décembre 2018, et deux jours plus tard j’ai fait ma demande d’asile." Mais de là, ça n’a été qu’une descente aux enfers administratifs pour Aminata. En janvier, la décision tombe : c’est non, elle n’est pas la bienvenue en Belgique. Elle trouve un avocat qui veut bien l’accompagner, et un recours est ouvert au contentieux. Le 7 juillet, elle obtient une audition, où on la canarde de questions et on lui demande de prouver des choses impossibles : "ils voulaient un acte de mariage… sauf que je n’en ai pas. Ils voulaient un acte de décès de mon père, mais le seul moyen d’en avoir c’est de retourner en Guinée…" Et si elle y retourne, elle risque fort d’y laisser sa peau. Il y a même des documents qui n’existent pas dans le droit guinéen qui lui sont demandés. Bref, un nouveau refus lui arrive.

Sauf que pendant ce temps-là, Aminata a tenté de faire une équivalence de diplôme, une procédure payante - et pas donnée, surtout quand on a tout abandonné pour prendre la fuite et qu’on vit dans un centre ouvert à Morlanwelz. Mais "Sciences sociales", ici, ça n’existe pas. Elle se retrouve donc soudain sans diplôme. Aminata ne veut pas se laisser abattre : "J’ai fait pas mal de bénévolat et de volontariat depuis que je suis arrivée, pour aider d’autres réfugiés, parfois qui ne parlent pas français. Du coup, j’ai eu un peu d’argent, et comme je veux aider les autres, j’ai pu m’inscrire à la Haute École Condorcet de Marcinelle en Assistante Sociale." Elle vient de réussir sa première année, et est admise en 2e.

Rien n’y fait, pourtant : elle n’est toujours pas la bienvenue en Belgique. Après une mobilisation des étudiants de sa classe, du corps professoral de la Haute École et un appui de la Direction, un nouvel avocat est trouvé, et avec lui… une nouvelle stratégie : "Cette fois, ce n’est plus une demande d’asile, où elle devait prouver pourquoi elle fuyait, elle s’est lancée dans une demande de régularisation, et elle doit prouver qu’elle est une ressource importante pour la Belgique", explique Marie Wibrin, une des professeurs, qui a d’ailleurs signé une lettre de recommandation pour la jeune femme, tout comme la directrice de l’établissement Anne Verbeke. Parce qu’Aminata doit prouver qu’elle s’intègre, pour que la demande "9bis" soit avalisée par le bourgmestre de Morlanwelz puis transmise à l’Office des Étrangers. Et intégrée, elle l’est, pour ses professeurs et ses camarades. Les étudiants qui l’épaulent ont d’ailleurs lancé une pétition, sur Facebook "Tous Ensemble Pour Bah Aminatah" . Ils prévoient aussi une action dès que la situation sanitaire le permet. "J’ai suivi tout le parcours d’intégration, et je vais travailler à côté des études pour ne pas dépendre de l’aide sociale."

Si le "9bis" fonctionne, elle pourra enfin reprendre sa vie. "Sa situation n’est pas juste", s’indigne un autre professeur, qui, comme beaucoup, pense qu’Aminata a sa place ici. Reste à parvenir à en convaincre les autorités…