Jeudi matin devant les assises du Hainaut qui jugent les meurtriers présumés de Christiane Thys, Anthony Maitrot a raconté froidement la scène qui s'est déroulée le 23 octobre 2017 dans l'appartement de la victime. Il dit qu'il l'a étranglée avant de lui porter des coups de couteau, à quatre reprises. Il soutient que c'est son frère qui l'a incité à aller commettre un vol chez la victime, dont le corps sans vie a été découvert le 2 novembre. Il a été placé sous mandat d'arrêt le 29 mars 2018.


Anthony Maitrot dit n'avoir pas eu une enfance heureuse. Placé très jeune "en raison de la toxicomanie de ma mère", il avait un peu plus de 18 ans quand il a tué Christiane Thys. Renvoyé de plusieurs centres d'accueil, placé en IPPJ, mauvais élève, il avoue avoir "un peu de problème" avec l'autorité. 

Dès le mois d'avril 2017, il a vécu chez son frère Youri à Charleroi qu'il considérait comme son père de substitution. Il obéissait à l'autorité de son frère, lequel pouvait se montrer violent quand il était sous l'influence des produits stupéfiants. Néanmoins, il déclare que son frère ne l'a jamais laissé tomber mais qu'il l'incitait à commettre des faits. 

Anthony se souvient de la victime, Christiane Thys, qu'il appelait "la folle" et qui vivait dans l'immeuble situé en face du domicile de son frère. "Je n'étais jamais rentré chez elle avant les faits", dit-il. "A l'époque, je vivais chez la voisine du dessus car je m'étais disputé avec mon frère". 

Le 23 octobre 2017, Anthony fumait en face de l'immeuble. "Elle m'a insulté. Je suis allé sonner chez elle pour lui demander pourquoi elle m'insultait et on a discuté tranquillement. Je suis reparti chez mon frère et il m'a demandé s'il y avait des affaires intéressantes chez elle, j'ai dit non. Le soir, il m'a demandé si j'avais envie d'aller voler chez elle, il me l'a demandé deux fois. Il m'a dit de prendre une cagoule rouge et de m'habiller tout en noir. Je suis parti me changer. J'ai pris un couteau que j'ai mis dans ma poche. Il m'a dit de lui mettre une tarte dans sa gueule si elle criait". 

Le voleur était prêt à passer à l'acte et il déclare que son frère a bien vu qu'il avait pris un couteau puisqu'il l'a manipulé devant lui. "C'était pour lui faire peur à la base. Je ne suis pas rentré tout de suite car je n'aime pas faire les choses seul. J'ai voulu me désister mais, finalement, je suis entré dans l'appartement". Christiane Thys était couchée dans le divan. "Elle s'est levée et a commencé à crier. Je lui ai dit d'arrêter et elle a continué. J'ai posé mes mains sur sa gorge et je l'ai étranglée avec le couteau. J'ai continué à l'étrangler sans le couteau. J'ai vu qu'elle ne bougeait plus et là, j'ai repris le couteau et j'ai donné quatre coups, je ne sais pas ce qui m'a pris". 

Il s'est ensuite rendu dans la chambre de la victime. "Quand je suis monté, elle était dans le divan. Quand je suis descendu, elle était par terre. Je lui ai donné deux coups de genou". Une fois rentré chez son frère, il lui a demandé de le couvrir car il pensait avoir commis un meurtre. "Quand je suis rentré avec la télé, mon frère souriait. Et puis, il s'est mis à m'insulter quand je lui ai dit que j'avais tué cette dame". 

Anthony a été arrêté le 29 mars 2018. Devant la chambre du conseil, il est revenu sur ses déclarations, déclarant que son frère ne l'avait pas incité à commettre un vol. Mais Anthony a ensuite changé de version, déclarant que son frère était le commanditaire du vol. Il tient toujours cette version alors que son frère conteste. Il a ensuite fait une tentative de suicide en prison "car je n'arrive pas à vivre avec ce que j'ai fait". 

La présidente de la cour constate qu'il ne semblait pas perturbé dans les SMS échangés avec son frère entre le crime et son arrestation. "On ne voulait plus parler de ça", dit-il en qualifiant les faits d'horribles.