Charleroi

Un Carolorégien, condamné à quatre ans de prison avec sursis pour une agression crapuleuse avec prise d'otage en 2013, a plaidé l'acquittement, mercredi, devant la cour d'appel du Hainaut. 

Il conteste sa présence sur les lieux. Les faits relèvent d'un crime d'honneur entre ressortissants turcs. La nuit du 6 au 7 janvier 2013, la victime, S.D., a été sauvagement agressée dans un piège tendu par deux hommes. A.K., et M. K.

Le premier des deux avait donné rendez-vous à un autre protagoniste, I.O., pour venger l'honneur de sa soeur, insultée par ce dernier. La rencontre avait été fixéé au Gazomètre, à Gilly. I.O. s'y est rendu avec un ami, tandis que S.D les suivait dans une autre voiture.

Sur un boulevard situé près du palais de justice de Charleroi, le véhicule conduit par A.K. a bloqué le véhicule conduit par I.O., entravant gravement la circulation. I.O. a réussi à prendre la fuite mais A.K. a coincé le véhicule suivant, conduit par S.D.

Ce dernier a reçu de multiples coups, portés notamment avec la crosse d'une arme à feu et un cou-de-poing américain. Embarqué de force dans une camionnette d'A.K., le kidnappé a réussi à sauter du véhicule en route et s'est réfugié chez des riverains. Grièvement blessé, il a gardé des séquelles importantes de cette agression, qualifiée de "lâche" par son avocat.

L'instiguateur, A.K., a été condamné à cinq ans avec sursis et n'a pas fait appel. M.K. a écopé de la même peine mais ne s'est pas présenté devant la cour. Son frère, D.K., condamné à quatre ans avec sursis, plaide l'acquittement. Il prétend qu'il se trouvait dans son magasin au moment des faits.

Pour le ministère public, plusieurs éléments précis et concordants convergent vers sa culpabilité. "L'alibi n'en est pas un, il avait intérêt à régler le problème familial car la jeune femme insultée par I.O. est la soeur de son épouse, son prénom a été cité par A.K. sur la scène de crime (selon la victime, il a crié 'D., ouvre la porte'), il avait une voiture identique à celle aperçue par la victime, son prénom a été cité par le père de A.K. qui a été rapidement mis au courant des faits et, enfin, il fallait un troisième larron pour déplacer la voiture de S.D. vers le cimetière de Châtelineau."

Me Frank Discepoli, avocat du prévenu, n'est pas de cet avis. "Il avait un alibi qui n'a pas été vérifié. Il se trouvait dans son magasin et s'est rendu ensuite chez son épouse, laquelle n'a pas été interrogée. Il y a pléthore de non-vérifications comme ce coup-de-poing américain, trouvé chez lui, qui n'a fait l'objet d'aucune expertise."

Pour la défense, l'intérêt familial évoqué par l'accusation n'existe pas. "Et on n'a pas la preuve qu'il y avait une troisième personne", a insisté Me Discepoli. "La voiture de mon client n'a même pas été présentée à la victime", ajoute-t-il.

Selon l'avocat, c'est A.K qui est revenu chercher le véhicule de S.D. pour le cacher au cimetière. "L'enquête n'a pas été plus loin au sujet des prénoms évoqués. Son téléphone n'a pas été analysé, pas plus que le coup-de-poing américain retrouvé chez lui". Le dépassement du délai raisonnable a été plaidé à titre subsidiaire.

Arrivé en fin d'audience, M.K. a déclaré qu'il n'avait pas été mis au courant de ce procès et son avocat n'avait plus de ses nouvelles. Vu qu'il conteste les faits, la cour a décidé de mettre l'affaire en continuation à l'audience du 16 janvier 2020.