Charleroi À l’époque, près de trente-quatre potiers étaient présents sur Châtelet. Il en reste trois.


S’il est bien un endroit où l’art de la poterie reste une valeur sûre, c’est à Bouffioulx. Depuis des centaines d’années, les générations se sont succédé dans une région riche en terre argileuse.

Cette matière de base nécessaire pour la réalisation d’objets courants mais aussi d’œuvres uniques a attiré dans cette région un ensemble de métiers requérant patience, précision et coup de main. On en trouve des traces datant du Ier siècle de notre ère. Actuellement, les trois potiers (Biron, Lardinois et Dubois) sont les témoins privilégiés d’une histoire millénaire. Ils tiennent à reproduire et à transmettre les gestes immuables dans ce lieu qui a connu, à son âge d’or, trente-quatre potiers.

L’endroit abritait divers métiers entourant le potier. Il y avait les extracteurs de terre, les tourneurs, les émailleurs, les peintres, les cuiseurs mais aussi des spécialistes de la pose d’étain. Malgré le côté désuet que la poterie peut représenter pour les jeunes générations, la discipline est réellement artistique. En effet, la poterie d’art nécessite une grande maîtrise, le résultat final est le fruit de transformations multiples avec, au final, la cuisson des pièces. Avec l’arrivée de produits pouvant remplacer les objets en grès, comme la faïence et le plastique, le savoir-faire ne s’est jamais perdu.

C’est le peintre bruxellois Willem Delsaut (1862-1945) qui remit la céramique artistique au goût du jour dans les années 1907-1908. "Si des artistes sont venus s’établir dans la région pour créer des œuvres suivant les différents courants d’art, c’est manifestement pour le savoir-faire particulier des potiers locaux. Sans cela, il leur était peut-être possible d’aller s’installer autre part" , souligne Sabine Gilles, de la Maison de la poterie.

Parmi les grands de la poterie aux œuvres recherchées, il y a Roger Guérin (dont l’ancienne poterie, entièrement restaurée, abrite aujourd’hui la Maison de la poterie) et Edgard Aubry. Si le grès a servi, grâce à sa solidité et à son imperméabilité, à créer des objets de la vie quotidienne comme des assiettes, des bols mais aussi des tuyaux pour les égouts, la Maison de la poterie de Bouffioulx possède des pièces uniques de grande valeur représentative de l’Art moderne et de l’Art déco. Ces œuvres peuvent parfois coûter jusqu’à 5 000 euros.