Charleroi

Débat animé au Bois du Cazier autour de l’expo Wasterlain.


Georges Wasterlain dont les œuvres issues d’une récente donation sont exposées au Bois du Cazier jusqu’à la fin du mois n’était pas qu’un peintre et sculpteur ouvrier. C’était aussi un collabo. A la libération, il a d’ailleurs écopé d’une lourde peine pour avoir pactisé avec l’occupant, participé à des voyages en Allemagne à l’invitation des nazis. 

Faut-il rayer son nom d’un trait de plume et s’interdire à jamais de montrer sa production artistique à Charleroi ? A cette question, des réponses diamétralement opposées ont été apportées à l’issue du débat organisé au musée ce jeudi. 

Pour le président de la FGTB de Charleroi Sud Hainaut Antonio Cocciolo, l’exposition banalise une pensée politique méprisable et trahit la mémoire des partisans de la liberté. Ce n’est l’avis ni de Chantal Kesteloot docteure en histoire de l’ULB et directrice au Cegesoma, ni de l’historien de l’art Jacques Toussaint, ni du directeur du Bois du Cazier Jean Louis Delaet ni de son conservateur Alain Forti pour qui l’éducation permanente passe par un devoir de pédagogie. 

L’incident Wasterlain renvoie à divers précédents locaux : l’annulation de l’expo Willy Kessels au musée de la Photo en 95 en raison de ses sympathies pour le 3ème Reich. Ou d’une rétrospective Marcel Delmotte parce que le peintre avait exposé pour les Allemands. Faire œuvre de pédagogie, recontextualiser l’histoire pour la comprendre, c’est en effet ce qui sert le mieux la mémoire et le présent. L’ignorance n’a jamais protégé la démocratie, écrivait dans une lettre ouverte en 96 le fondateur du musée de la Photo Georges Vercheval. 

La FGTB qui possède des Wasterlain dans ses collections a choisi de les cacher dans les caves. A l’hôtel de ville de Charleroi, des sculptures trônent à l’entrée : plutôt que détourner le regard ou faire comme si elles n’existaient pas, il faut se préparer à s’y confronter, recontextualiser le passé pour comprendre. 

N’en déplaise à la FGTB et au PTB, c’est la vocation d’une institution comme le Bois du Cazier. 

En contrepied à l’expo Wasterlain, le musée a lancé l’idée de rendre hommage à des artistes résistants. Rendez-vous a été pris avec la FGTB pour organiser un événement autour du sculpteur Jules Vanderstock, décédé en 1944. Paradoxalement, les chercheurs en histoire ont montré plus d’intérêt pour les collaborateurs que pour les résistants. Une injustice que le site de Marcinelle veut réparer.