Libre, l'accusé s'est exprimé clairement devant la cour. Il a raconté qu'il avait eu une enfance normale, avec un père strict, sans être autoritaire, et une mère dépressive après la mort de son frère. David Vens s'entendait bien avec ses parents mais ces derniers se querellaient souvent. Il lui reste une sœur avec laquelle les rapports ne sont pas très bons.

Ses études ne furent pas une grande réussite, il préférait travailler dans l'Horeca, au sein de la taverne familiale et il a décroché un diplôme dans ce secteur d'activités. Il jouait aussi au tennis, assez régulièrement.

David Vens ne se décrit pas comme un homme violent. Il a eu plusieurs compagnes avant de rencontrer Maria, la victime. Les relations n'ont pas tenu en raison de son côté flambeur, son alcoolisme, des jalousies. Il y a eu plusieurs scènes de violence, notamment avec une dame surprise en pleine conversation érotique au téléphone.

L'accusé tenait un bistrot, la Petite Taverne, depuis 2006, qui se trouvait dans la ville basse de Charleroi. "Au début, cela marchait bien. Et puis, il y a eu les travaux de Rive gauche. Les clients ont fui, le propriétaire a vendu. J'ai déménagé en 2014 dans un quartier encore plus chaud".

La veille de l'ouverture, il a rencontré Maria, qui fumait devant le salon de coiffure où elle travaillait. "Elle est venue à l'ouverture, on est sorti ensemble, et on a eu un enfant un an plus tard".

Le couple a emménagé ensemble. "Elle était extraordinaire quand elle n'avait pas bu. Cette addiction à l'alcool la rendait méchante, elle se cachait pour boire".

Lui vidait une bouteille de whisky par jour, qu'il mélangeait avec du coca, et de la bière, de midi à minuit. Il dit n'avoir jamais touché aux produits stupéfiants. "L'alcool ne changeait pas foncièrement mon comportement, sauf qu'il m'aidait à m'ouvrir aux autres, car je suis timide", dit-il.

Selon ses déclarations, Maria a sombré dans l'alcoolisme quand elle a perdu son travail de coiffeuse. Les disputes verbales étaient devenues quotidiennes. Parfois, il y avait des violences physiques. "Je ne frappais jamais le premier. Maria avait de la force quand elle frappait. Je ne me laissais pas faire. J'ai appelé la police plusieurs fois, notamment le jour où elle s'est placée devant la porte, avec un couteau".

Il conteste avoir obligé Maria à dormir dans la cave, comme l'a déclaré un témoin lors de l'enquête.

Au sujet des faits survenus la nuit du 5 au 6 mars 2018, l'accusé parle "d'un accident". Après avoir fermé son café, il s'est rendu dans un restaurant chinois pour chercher de la nourriture. "Quand je suis entré, elle m'a insulté. Cela montait très fort. Je suis descendu à la taverne boire un verre. Elle est arrivée dans le bar pour prendre des bières. On s'est bousculé et je l'ai frappé au visage, trois ou quatre coups, pour pouvoir sortir du bar".

La bagarre s'est poursuivie dans l'appartement. "Elle a pris un couteau, se dirigeant vers moi. Je n'ai pas eu de mal à la désarmer. J'ai donné un coup, tout sauf volontaire, dans le dos". Selon l'accusé, cette scène a eu lieu vers dix heures du soir. "Il n'y avait aucun signe apparent de blessure. Elle ne voulait pas que j'appelle l'ambulance. Il n'y avait pas beaucoup de sang. On s'est endormi, elle est tombée du lit puis s'est rendormie".

Selon l'accusé, les lésions constatées par le légiste sur le haut du corps de la victime résultent des coups portés lors de la première scène, dans le bar. "Elle avait plus de cinq grammes d'alcool dans le sang, elle a pu chuter, se cogner ou en se battre, ce qui lui arrivait souvent".

L'enfant du couple a déclaré qu'elle avait déshabillé sa maman avant de la mettre au lit, et après le coup de couteau. L'accusé ne se souvient pas, mais il ne s'est pas inquiété de l'état de santé de sa compagne, "je ne pensais pas qu'elle allait décéder, car il n'y avait presque pas de sang".

Quand il s'est réveillé le lendemain, vers 6h30, Maria n'était plus dans le lit. Elle était tombée du lit. "Il y avait une vraie plaie, j'ai compris tout de suite qu'elle était morte. J'ai crié son prénom plusieurs fois et ma fille est arrivée dans la chambre".

L'accusé dit avoir appelé les secours dans la foulée, pour leur annoncer la mort de sa compagne. Il ne se souvient plus de ce qu'il a dit aux urgentistes, mais il est possible qu'il ait inventé le scénario d'une agression par un tiers. "Ma fille pleurait et ne voulait pas que j'aille en prison. Je l'ai confié à une femme de confiance, à qui j'ai dit que j'avais tué Maria".

Il a dit aux policiers que la cause de la mort était un coup de couteau, "car la plaie s'était dilatée avec le temps". La cause de décès résulte, selon le légiste, d'une encéphalopathie post-anoxique sur choc hémorragique par atteinte des vaisseaux intercostaux générant un hémo-pneumothorax suffoquant. La lame a pénétré dans le corps sur une distance de 44 millimètres.

Placé sous mandat d'arrêt puis libéré sous conditions, David Vens a repris la gestion d'un restaurant et il dit n'avoir plus eu le temps de prendre rendez-vous avec son assistant de justice, d'autant qu'il avait perdu son téléphone et changé de numéro. Il conclut qu'il n'a pas bu d'alcool durant six mois, avant de se remettre à boire mais de manière modérée.