L'enjeu du procès se trouve dans l'intention d'homicide. Pour l'accusation, David Vens était animé de l'intention de tuer quand il a porté un coup de couteau dans le dos de sa compagne. Pour la défense, il s'agit plutôt de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le caractère volontaire des coups est aussi remis en question. "Dire que c'est un accident, je ne peux pas l'entendre", a déclaré Me Christian Mathieu, avocat des parties civiles, dans sa plaidoirie.

Pour les parties civiles, il existe des éléments qui convergent vers l'intention d'homicide. "Il était bien conscient de ce qu'il faisait, malgré son état d'ivresse", a déclaré Me Frédéric Mohymont, tuteur ad hoc de la fille de la victime et de l'accusé, principale témoin des faits.

La fille du couple a donné deux versions différentes dans ses auditions vidéo filmées, diffusées lundi à l'audience. Toutefois, l'avocat refuse qu'on dise qu'elle a menti. "Elle a tout simplement été manipulée par son papa", a-t-il déclaré.

Il relève que, dans sa seconde audition, la petite fille a raconté des choses cohérentes. "Elle dit, à cinq reprises, que son père regardait des films, entre quatre et six heures, alors qu'elle s'inquiètait pour sa maman. Pourquoi n'a-t-il pas appelé les secours ? Pourquoi ne réagit-il pas s'il ne souhaite pas la mort?", a insisté l'avocat. Il ajoute que le médecin légiste estimait que Maria aurait pu être sauvée si un appel au secours avait été fait dans l'heure qui a suivi le coup de couteau.

Quant aux experts en santé mentale, ils ont estimé que l'accusé était capable de réflexion après le passage à l'acte. "En n'appelant pas les secours, il a fait en sorte que la mort était inévitable", a déclaré l'avocat dans sa plaidoirie.

Me Christian Mathieu représente les parents, le frère et la sœur de Maria. L'avocat résume ce dossier en trois mots : "mensonge, manipulation et meurtre". Me Mathieu a retenu de l'audition d'une ancienne compagne de l'accusé que ce dernier reportait la responsabilité sur autrui en cas de dispute. À l'époque, le couple se disputait dans le cadre de soucis financiers. L'histoire s'est répétée avec Maria, qui sombrait dans l'alcool. "C'est votre procès, pas celui de Maria", a déclamé l'avocat.

Me Mathieu soutient que l'accusé a agi avec un certain sang froid quand il a constaté la mort de Maria. Il a attendu plus de vingt minutes pour appeler les secours, "il a donc eu le temps de nettoyer l'arme et d'élaborer un scénario dicté à sa fille", a-t-il commenté en relisant les déclarations de la petite fille qui a répété, à plusieurs reprises dans son audition, "comme me l'a dit papa". Pour l'avocat, cet enfant a été instrumentalisé dans un conflit de loyauté.

Selon plusieurs témoins, Maria était victime de violence conjugale. L'accusé prétend qu'il n'a jamais frappé le premier, qu'il a réagi aux coups reçus, qu'il est une victime. "J'attends encore les documents médicaux qui prouvent qu'il était victime de coups. Des témoins ont entendu qu'il la tuerait un jour", a poursuivi l'avocat qui a relu de nombreux témoignages, relatant la violence dont était victime Maria mais aussi les anciennes compagnes de l'accusé.

Enfin, l'avocat est revenu sur les faits qui se sont déroulés la nuit du 5 au 6 mars 2018. Lui aussi a relevé de nombreuses contradictions dans les déclarations de l'accusé, qui a frappé avec un couteau dans le dos de la victime. Pour l'avocat, ce n'était pas un accident. "La lame du couteau était vers le haut quand il a désarmé Maria et elle était vers le bas quand il l'a frappée, il l'a montré lors de la reconstitution".

La zone visée, avec une certaine force, était potentiellement létale. Ce coup de couteau a provoqué une longue agonie, privant la victime de respirer normalement au cours de la nuit. "La réaction normale aurait été d'appeler les secours mais lui l'a laissée crever, appuyée contre un radiateur. Elle est là l'intention d'homicide!", a martelé l'avocat, s'appuyant sur la jurisprudence en la matière.

L'accusation prendra encore la parole ce mercredi.