Ahmed et Zohra se sont mariés en 1991 et ils ont eu trois enfants. L'aînée, très bonne étudiante, étudie au Japon. Selon des témoins, son père a vendu sa maison en Algérie pour qu'elle réalise son rêve. "Impossible", selon sa mère qui prétend qu'il s'est seulement contenté de payer le billet d'avion.

Marwan est arrivé ensuite. Le jeune homme est taiseux, discret, et pas très bon élève. Son père lui remonte souvent les bretelles. Sa mère ignorait qu'il s'était fait virer de l'école pour le racket d'un autre élève. Elle ignorait aussi qu'il brossait les cours et qu'il fumait du cannabis. Ahmed lui donnait de temps en temps des baffes.

Enfin, la petite dernière avait treize ans quand ses parents se sont séparés. Le départ de son père ne l'a pas vraiment touché.

En 2012, le couple a commencé à battre de l'aile. Selon Zohra, c'est parce que son mari multipliait les allers-retours entre la Belgique et son pays natal. Le frère d'Ahmed a une autre version. Zohra trompait Ahmed. La dame conteste avoir eu un amant, jurant qu'elle souhaitait le retour de celui qu'elle avait surnommé "fils de chien" ou, en arabe, "le plus mauvais coup du monde" car elle lui en voulait de la laisser seule avec les enfants.

Les sœurs d'Ahmed se souviennent que, à leur grande surprise, Ahmed s'est retrouvé en psychiatrie, lui qui donnait tant de joie aux autres. C'était en 2012. Un jour, elles ont débarqué à l'hôpital avec Zohra. Ahmed s'est fâché, l'invitant à aller faire un tour dans la ville basse de Charleroi, avec les prostituées.

Le couple se chamaillait, les insultes pleuvaient et Ahmed était violent verbalement et physiquement, selon son épouse et ses deux derniers enfants. Pour la famille d'Ahmed, c'est tout simplement impossible qu'un tel homme put être violent. Ce n'était pas dans son caractère.

En 2014, Ahmed a quitté la maison familiale de Farciennes pour vivre dans un logement insalubre à Gilly. Selon sa sœur, il préférait laisser le confort à ses enfants. Il n'a jamais expliqué pourquoi il était parti.

Les relations entre la famille d'Ahmed Yahiaoui et son épouse, Zohra, se sont détériorées. Seule une des sœurs de la victime tentait encore de jouer les intermédiaires entre les époux en pleine séparation. Une autre prétend que Zohra était le bourreau d'Ahmed.

Au milieu de cette guerre familiale, il y avait Marwan, l'ado taiseux qui mangeait seul dans le salon, alors que ses sœurs et sa mère dinaient dans la cuisine. Marwan craignait de se retrouver à la rue. Il entendait parfois sa mère se plaindre de son père, lequel refusait de payer le crédit sur la maison qu'il voulait vendre.

Et puis, il y a eu d'autres problèmes soulevés par l'accusation et notamment la voiture familiale qui a été déclarée volée. Zohra l'a signalé à son époux, lequel a déposé une plainte. Sauf que la voiture a été achetée par un Parisien qui n'a pas pu la faire immatriculer à cause de la plainte. Selon la famille d'Ahmed, Zohra a tout orchestré pour empocher l'argent. Elle dit l'avoir échangée, contre un modèle plus petit.

Il y a aussi cette rencontre du 19 décembre 2017. Zohra s'est rendue à Gilly, chez Ahmed, pour parler mais elle n'a pas évoqué le mariage de leur fille aînée, prévue le 31 décembre. Elle dit que Marwan n'était pas au courant de cette rencontre mais, bizarrement, il a repris contact avec son père ce jour-là.

Le 23 décembre, il lui a fixé rendez-vous dans le parc de Farciennes. Les deux hommes ont discuté et se sont battus. Marwan a étranglé son père. "Il a été les mains de sa mère", clame une sœur. Il est rentré chez lui, il avait des griffes sur le visage. "Il m'a dit qu'il était tombé sur des branches en courant, mais cela ressemblait plus à des griffes de chat", raconte Zohra qui n'a pas essayé d'en savoir plus.

Le 29, Marwan et sa mère étaient privés de liberté. Il a rapidement fait des aveux. Il a tué son père et l'a enterré dans un bois. Ses tantes ne lui pardonneront jamais car elles disent toutes qu'Ahmed adorait ses enfants et qu'il rêvait qu'ils réussissent tous. Elles adoraient aussi le petit Marwan, qui a souffert de la séparation en silence avant de commettre un acte irréparable.

Mercredi, la cour entendra les derniers témoins. Les plaidoiries sur la culpabilité débuteront mercredi après-midi.