Marwan Yahiaoui est actuellement en détention préventive, il est le seul garçon d'une fratrie de trois enfants et il était étudiant en perdition quand il a tué son père, en décembre 2017.

Malgré plusieurs échecs, il dit avoir terminé des études en comptabilité. Le sport était une passion pour lui et il s'est inscrit dans une école pour devenir professeur d'éducation physique, mais n'y trouvant "aucun intérêt", il a abandonné ses études à la fin du mois d'octobre 2017, sans que sa mère ne soit au courant, et il s'est mis à "traîner dans les rues".

Il souhaitait aussi se lancer dans une carrière de boxeur professionnel en raison de la discipline et de la rigueur que demande ce sport. "Physiquement, j'étais bien mais pas psychologiquement. Je n'arrivais pas à garder mes objectifs, je n'étais pas discipliné", dit-il.

Au début du mois de décembre, il recherchait un taser. "Je pensais que c'était utile dans une maison". Il s'était adressé à trois personnes, bien qu'il ne craignait rien en particulier.

Ses amis le décrivent comme quelqu'un de réservé. "J'avais perdu confiance envers les autres. Depuis que je suis petit, on ne m'a jamais poussé à m'exprimer, à aller plus loin, à avoir confiance en moi". Marwan Yahiaoui consommait des stupéfiants "de temps en temps" et il dit avoir été victime d'une tentative de viol en 2009 en Algérie, alors qu'il avait treize ans.

L'accusé dit avoir subi une période dépressive entre octobre 2015 et son incarcération. "Je trouvais que je n'arrivais à rien dans la vie, je ne trouvais pas de solution efficace pour soigner ce mal-être".

Marwan Yahiaoui raconte que les relations avec son père se sont détériorées quand son père a choisi de vivre "égoïstement". Il ajoute que son père le passait régulièrement à tabac, ce dont il n'avait jamais parlé avant. Ahmed Yahaoui ne supportait pas non plus les échecs scolaires de son fils. "J'étais soumis à sa personne, j'avais peur de lui. A un moment, cela a cessé, il s'est un peu résigné".

Au moment de la séparation entre les parents, en décembre 2014, Marwan n'avait plus aucun respect envers son père. "Je m'en foutais, je voulais être tranquille, cette séparation était leur problème", dit-il.

Devenu l'homme de la maison, Marwan avait peu de contact avec son père. "J'avais de la rancœur pour lui", dit-il.

Marwan savait que le divorce allait provoquer des problèmes d'ordre financier pour sa maman, il se voyait à la rue et ne voulait pas être éjecté de force de sa maison. Il en voulait à son père, ce "rapiat" indiqué sous le pseudonyme de "carotteur" dans son répertoire téléphonique.

Le 4 décembre, un accord était trouvé mais, le 18, Ahmed Yahiaoui informait son avocat que son épouse avait changé d'avis. Le 19, Marwan insistait pour voir son père "car je voulais régler ce problème de mise à la rue".

Le 23 décembre, vers 13 heures, père et fils se sont rencontrés "pour régler les problèmes". Les deux hommes ont discuté en se promenant, de banalités. "On a discuté de la maison, je ne voulais pas qu'il la vende, mais nous ne sommes pas tombés d'accord. Il m'a dit que j'étais un animal qui ne faisait rien de sa vie, je l'ai insulté, il m'a giflé et j'ai explosé".

Marwan s'en est pris physiquement à son père. Les deux hommes se sont battus et, plus jeune et en meilleure condition physique, Marwan a pris le dessus sur son père, handicapé à une main et souffrant d'asthme. Il l'a étranglé, Ahmed a tenté de débattre, en vain. "Je lui ai serré le cou, très fort, environ cinq minutes. Il n'avait aucune chance de s'en sortir, selon moi".

Il a ensuite envoyé deux SMS à son père. "Je ne savais pas quoi faire pour m'en sortir. J'ai tiré le corps sous le pont, j'ai démonté son téléphone et j'ai éparpillé les pièces en retournant chez moi. Je me suis lavé et je suis retourné là-bas".

Marwan est retourné chez lui pour faire les courses avec sa mère. Il a attendu deux jours, le lundi 25 décembre, pour enterrer le corps de son père, emportant des outils et des vêtements de rechange. "Je lui ai tiré ses vêtements, j'ai creusé un trou et je l'ai enterré. J'étais seul, je suis rentré à la maison vers 4h". Il dit avoir agi par haine envers son père, envers lui, envers la vie. "Mon père a fait de grosses erreurs mais cela ne justifie pas mon geste. C'est triste d'en être arrivé là".

Le 26 décembre, la sœur d'Ahmed signalait sa disparition à la police. Dans la journée, Marwan Yahiaoui était privé de liberté. "Je ne me considère pas comme un garçon dangereux", dit celui qui a exprimé des regrets en fin d'audition.